Ça va faire une semaine que je ne marche plus. Je l’ai dit tout de suite après l’incident : moi, je vous préviens, je ne marche plus. Et du coup, je ne marche plus. J’économise mes pas. Je n’ai plus mon petit podomètre de poche (paix à son âme) et je me suis donc dit : à quoi bon marcher si je ne peux plus savoir combien de pas je fais par jour. C’est vrai, ça, à quoi bon ? Alors, je me suis mis en grève de pas. Il y en a qui font la grève sur le tas mais moi, je la fais sur les pas. Chacun son truc et les moutons de Panurge seront bien gardés sous lit de celui qui fait mal son ménage.

Aujourd’hui, je suis allé au cinéma pour voir vraiment un film, cette fois. J’en suis revenu à vélo, un vélo en libre-service car je ne voulais pas revenir à pieds et avoir des tas de pas perdus. Et qu’on ne me dise pas que c’est à cause de la CGT qui manifestait pour je ne sais quelle obscure énième raison futile qui bloquait les trams au centre-ville, non, je suis rentré à vélo pour ne pas avoir à marcher. J’ai pédalé. C’était même plutôt agréable car il faisait chaud mais pas trop ; je suis passé par les quais mais pas trop et il y avait un peu de monde mais pas trop non plus.

Maintenant, j’hésite. Je suis comme une truie qui doute d’elle-même. Est-ce que je rachète un petit podomètre de poche ou un bracelet connecté comme maman, avec une application sur Internet pour faire les bilans et recharger l’appareil avec une prise USB ? Ou même, est-ce que je ne rachète rien car après tout, je vivais bien aussi avant, sans ça. Je peux reprendre ma vie où je l’avais laissée avant d’avoir mon petit appareil de poche. Je valse-hésite. Je trépigne et ça, ça fait plein de pas, sur place, certes, mais plein de pas quand même. Qui comptent pour du beurre.