Dans la famille Envacances, je voudrais le patron. Pioche !

C’est le grand ordonnateur. Celui qui a l’œil partout, parce qu’il est chez lui mais aussi parce qu’il a le souci du bien-être de tout le monde. On a beau lui dire de faire un peu relâche, de temps en temps, il n’y a rien à faire, il faut qu’il soit partout. Il faut qu’il tente de répondre voire d’anticiper la moindre envie, la moindre demande, le moindre désir de tous les autres. C’est gentil mais c’est usant, pour lui. Qu’il s’occupe déjà de Claude, c’est plus important et nous, les autres, nous pouvons nous débrouiller tout seuls, comme des grands. 

Dans la famille Envacances, je voudrais Pauline. Pioche !

Pauline, c’est la demi-sœur de lait du patron. Son mari, un autre Claude, est mort il y a trois ans. À la fin d’un week-end ici, à Biscarrosse. Ce fut un moment difficile. Elle s’en remet. Avec le temps va, tout s’en va… Quand on la voit, Pauline, on ne dirait pas qu’elle vient de subir ça. Moi, elle me fait rire. Elle est dure, elle fait penser à un militaire gradé mais j’ai de la chance, elle et moi, nous nous entendons bien, nous faisons une bonne équipe quand nous sommes réunis comme en ce moment. Mais ça ne l’empêche pas de donner des ordres à Pierre, le neveu de 25 ans… Et là, on dirait du Michel Audiard !...

Dans la famille Envacances, je voudrais Pierre. Mauvaise pioche ! 

Ce n’est pas contre lui, que je dis « mauvaise pioche » mais juste parce que de tous les gens, de tous les vieux, réunis ici, cette semaine, c’est le seul qui ne l’est pas, vieux. C’est le seul à travailler, je veux dire, à ne pas être en vacances, sinon, moi aussi, je suis encore en activité mais moi, tout le monde s’en fout, je le sais. Et Pierre, lui, c’est un peu l’inverse. Il est l’incarnation de l’égoïsme de certains jeunes, lui, c’est des autres dont il a tendance à se foutre. Il habite là tout le temps car il travaille au bourg et parfois, ça créé des tensions car il est un peu désordonné.

Dans la famille Envacances, je voudrais mes parents. Pioche !

Papa pique et maman coud. Papa pique un roupillon, tantôt sur une chaise longue, tantôt sur un transat, tantôt carrément sur son lit. Et maman coud des longueurs de piscine quand elle nage. Sinon, elle fait des mots croisés. Et elle a tendance à nous surveiller du coin de l’œil, elle aussi. Dès qu’elle voit qu’on commence à s’activer, avec Pauline et le patron, il faut qu’elle vienne voir ce qu’on fait au cas où on ne serait pas assez nombreux pour le faire. Moi, je lui dis : profites d’être ici pour te reposer mais elle est têtue comme ce n’est pas permis.

Dans la famille Envacances, je voudrais le président. Pioche !

Le président, il vient là parce que nous sommes là, sinon, il n’aime pas ça plus que ça. Il s’ennuie vite ici. Il n’aime pas aller sur la plage, il ne vient donc pas marcher dans l’eau avec nous. Il n’aime pas la piscine. Il n’aime pas se mettre sur la terrasse, au soleil même quand celui-ci n’est pas trop fort. Il n’aime que lire, faire des mots-croisés et, quand même, une chose non négligeable, c’est lui le grand maître de l’apéritif, le docteur ès apéro. C’est lui qui dit que c’est l’heure. C’est lui qui fait les glaçons. C’est lui qui dit « bon, alors, vous venez prendre l’apéritif ? »

Dans la famille Envacances, je voudrais Claude. Pioche !

Claude, c’est Claude. Claude n’aime pas quand on est entre amis, trop nombreux. Quand les repas durent trop longtemps car ce que nous disons n’est jamais bien intéressant et ça traîne et ça traîne. Il n’aime pas et ne comprend pas vraiment qu’on prenne un apéritif, ce n’est que du temps perdu. Oui, du temps perdu, quand il fait chaud, avec quelques glaçons, c’est nettement plus supportable, Claude, tu sais ? Bref, Claude aurait préféré que nous ne soyons pas là mais c’est trop tard, nous sommes là quand même.

Et dans la famille Envacances, il y a Stéphane. Bonne pioche ! Ah, enfin !