Dans l’eau de la claire fontaine, elle se baignait toute nue…

Non, d’abord, ce n’est pas dans une claire fontaine que ma mère se baigne depuis qu’on est à Biscarrosse mais dans la piscine de la maison du patron. Et en plus, elle met toujours un maillot une pièce, maman, pour aller à l’eau. Je ne l’imagine pas du tout se baigner toute nue. C’est évidemment très beau, la poésie mais il faut savoir garder la tête sur les épaules et ne pas dire n’importe quoi dès qu’on parle de ma mère.

Une saute de vent soudaine, jeta ses habits dans les nues…

Encore une fois, ce n’est pas le vent qui l’a déshabillée, elle sait très bien le faire toute seule. Je veux dire, qu’elle est autonome. Elle a beau avoir 82 ans, elle n’a besoin de personne, en Harley Davidson… Non, tout à l’heure, je l’ai bien vue aller se changer dans la petite maison et revenir en tenue de championne. Et en plus, on a justement de la chance, aujourd’hui, il n’y a pas un poil de vent. D’ailleurs, il faut en profiter.

En détresse, elle me fit signe, pour la vêtir, d’aller chercher…

Non, ce qu’elle voulait, quand elle me l’a demandé, c’est juste que je lui passe sa serviette pour qu’elle n’ait pas froid en sortant de l’eau. Surtout après avoir nagé comme elle a nagé. Bien sûr, dans une petite piscine domestique comme celle du patron, on ne peut pas dire que ce soit de l’entraînement mais elle a enchaîné les longueurs quand même. Sans dévier d’un iota. Sans dévier d’un poil. Pas même celui du vent puisqu’il n’y a pas.

Des monceaux de feuilles de vigne, fleurs de lys ou fleurs d’oranger…

C’est quand même bien de pouvoir se reposer dans une belle et double maison (la grande est celle du patron, l’habitation principale et la petite est celle des invités comme cette semaine – quand je viens seul, je dors dans la grande, au premier) et on est une bande de pas trop jeunes et on s’amuse bien. Enfin pas que mais l’ambiance est bonne, quoi. Je ne dis pas qu’il n’y a pas quelques moments où il y a peu de tension mais bon…

Dans l’eau de la claire fontaine, il se baignait en maillot…

Tout à l’heure, j’irai peut-être faire bouger l’eau. Je nagerai un peu, je recommencerai à essayer de marcher sur les mains dans le fond de la piscine, je ferai un peu la planche et je serai tout mouillé. À moi aussi, on apportera une serviette pour que je ne prenne pas froid en sortant. Et je m’allongerai sur un transat, au doux soleil de septembre. Et je me dirai que j’ai une maman championne de natation. Et ça me fera plaisir.

En priant Dieu pour qu’il fît du vent, qu’il fît du vent.