Il se pourrait plus que fort bien que nous fassions tous un contresens terrible au sujet du mot travail. Nous aurions tendance à l’utiliser un peu mal à propos. Oui, je m’explique et, s’il vous plaît, soyez attentifs car je ne me répéterai pas. Du moins, j’aimerais bien.

Si on regarde l’origine du mot travail, déjà, on se rend compte que ça remonte aux romains, vous savez, ces gens qui parlaient en latin comme dans certaines pages d’Astérix, comme lors des messes intégristes et comme dans les livres de botanique et de zoologie. Avant, on ne parlait pas de travail. D’ailleurs, il me semble bien que dans la Bible (celle des catholiques), on n’a jamais affirmé que le travail avait été créé par Dieu. Donc, il a dû être créé par l’Homme. Mais on dit quand même que la Création a duré six jours et qu’au septième, Celui qui a fait ça s’est reposé. Un avant-goût des RTT ?

Et le mot latin pour le travail, c’est tripalium. Et quand on sait ce qu’était un tripalium, on est loin de la notion de boulot à proprement parler. Un tripalium, c’était un instrument de torture à trois pieux. Regardez, il y en avait un de vertical et deux autres en oblique, un qui faisait ça et un autre qui faisait comme ça. C’est bon, tout le monde a vu ? Je peux continuer ? Merci. Et ça servait à punir les esclaves plutôt rebelles, pas ceux qui avaient juste fait une petite bêtise. Ou encore, ça pouvait servir à punir les esclaves amateurs d’émotions masochistes mais ils étaient moins nombreux.

Donc, pour conforter mon propos, au départ, le tripalium n’a jamais été comparé à quelque notion de plaisir quelle qu’elle soit, bien au contraire. Et quand on a décidé de donner le mot travail à des activités, c’était probablement pour compléter le vocabulaire car jusqu’à alors, on parlait surtout de labeur. Et de là à faire une association d’idées avec les corvées, un travail qui était obligatoire et qui était synonyme de souffrances et de tourments. De plus, les intellectuels méprisaient bien toutes les activités manuelles et là, on s’est mis à parler de travail et rapidement, on l’a rémunéré, le job.

À propos de salaire, moi, pendant onze ans, je n’ai pas été augmenté, ici, là où je suis encore embauché. Alors que je suis reconnu pour être un mec sur qui on peut compter. Bon, l’an passé, on m’a royalement octroyé 5% que j’ai trouvés un peu chiches mais que j’ai pris quand même. Ce petit aparté pour vous dire que quand on ne gagne pas beaucoup ou quand on n’est pas souvent augmenté, il y a une expression très appropriée que j’aime bien pour dire ça : être pauvre comme Job : ce n’est pas en faisant le job que tu t’enrichiras. J’en sais quelque chose.

Revenons à notre travail et à nos instruments de torture. On est donc en droit de se demander si le fait de travailler n’est pas une torture en soit. Regardez encore un autre exemple, au hasard, moi : je dois me lever à 2h ou 2h30 parfois 3h de la nuit pour aller travailler. Qu’on ne vienne pas me dire que ce n’est pas un supplice ou un calvaire. Et puis, on dit bien aussi qu’une douleur nous travaille quand elle est trop présente. Si ça n’est pas une preuve, ça… En tout cas, moi, je pense que le travail, c’est peut-être la santé mais demandez à ceux qui ont subi le tripalium, il y a environ deux mille ans !...

Me voilà donc au bout de ma démonstration. Je pense que j’ai fait un bon travail en vous parlant de tout ça. Un bon travail car je suis sûr que ça vous a un peu pris la tête. Moi, de mon côté, je m’en fous, je suis en vacances jusqu’au 24 septembre compris.