Elle a mis le doigt sur quelque chose d’intime, qui est toujours dans ma poche droite de pantalon (ou de bermuda) car quand je parle de podomètre, je ne parle pas d’une application qui se trouve dans tout bon smartphone qui se respecte, le truc connecté qui te compile tout et te donne des moyennes, ton rythme cardiaque et les calories dépensées et tout et tout. Non, quand je parle de podomètre, je parle d’un petit podomètre, de la longueur d’un doigt pas trop grand, de la largeur de la moitié du même doigt et de l’épaisseur d’une phalange toujours du même doigt. En gros, il tient dans la main et pas qu’un peu. (Les dimensions que je viens de vous estimer sont, bien sûr, celles au repos. Mais je ne l’ai pas mesuré quand il ne l’est pas.)

Alors vous, je ne sais pas mais moi, quand je rentre chez moi, je me dépêche de me déshabiller, surtout quand je reviens du boulot, car je n’aime pas conserver ces vêtements qui sentent le poisson quoi qu’en disent ceux de mon entourage, qui, parce qu’ils sont faux-culs en ne voulant pas me montrer la vérité dans le blanc des yeux, m’assurent : « Mais non, tu te fais des histoires, ça ne sent rien. C’est toi qui fais des obsessions sur le poisson. » Il n’y a guère que le patron pour me dire, parfois : « Dis donc, tu sens fort, ce midi ! Tu as gardé tes vêtements de travail !» Que voulez-vous, si je sens le poisson mort, c’est à mon corps défendant. Et donc, je me dépêche de me changer, quand je rentre chez moi.

Et là, le podomètre, je le pose près du four à micro-ondes, dans la cuisine. Et je ne le reprends que si je sors. Et, sauf exception, les pas que je fais chez moi, ne sont pas comptabilisés. Quand je descends la poubelle, non plus. Et quand je me lève la nuit pour faire pipi, pareil. Vous imaginez, vous, la nuit, alors que je dors tout nu, je n’ai aucun endroit pour me mettre, mon petit podomètre ! Non, alors tant pis, tous les pas que je fais ne sont pas pris en compte. J’en perds pas mal, chaque jour (environ entre 20 et 30%) et ce n’est pas grave. C’est pourquoi j’ai décidé de ne pas m’inscrire à quelque compétition que ce soit. J’ai un trop gros handicap. Je ne suis pas mauvais perdant mais bon, voilà, quoi… Et même si je me servais d’une application sur mon téléphone, je ne l’ai pas systématiquement sur moi, alors…