Oui. On peut le dire. On n’a qu’à le dire. On n’a qu’à dire que ma journée est quasiment terminée. Il est 15h45, je ne prends plus personne au téléphone, je ne reçois plus personne, je ne vais plus rendre visite à personne, je n’ai plus aucune course à faire, je ne veux plus avoir de contact avec quiconque qui ne serait pas moi ou Chouchou. Il me reste un chouïa de préparation à terminer pour le repas de ce soir et la salade de demain midi à composer et ensuite, ce sera « la concierge est dans l’escalier » et « il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé. » J’ai surtout envie de rien mais je n’ai pas besoin de toi non plus. Ni de toi. Et toi non plus.

J’ai l’impression de n’avoir fait que courir depuis 2h30, cette nuit : me dépêcher à me préparer car à cette heure indue, ça n’a aucun intérêt de traîner. En plus, faire les dix minutes de route qui me séparent de l’endroit où je travaille. Et là, trier les fournisseurs, gérer les litiges réception, saisir des BL clients, les envoyer par mail, saisir le stock, gérer les écarts, saisir les criées pour le soir, tout fermer, passer chercher un colis au centre commercial du Lac, rentrer déjeuner, tout ranger, aller vite en ville pour emprunter un disque à la bibliothèque, passer chez le patron, l’aider pour deux ou trois bricoles, revenir chez moi avant l’orage.

En plus, j’ai déjà fait plus de onze mille pas, depuis cette nuit, je pense qu’il est largement le temps de me poser, une fois que je réussirai à garder les deux pieds par terre ou mieux, allongé sur le canapé, les deux pieds sur le coussin qui aime bien les accueillir. On a ses habitudes. Et si je dois encore courir, ce sera uniquement d’une façon virtuelle car je me connais, là, je vais poser les valises et m’installer pour quelques heures. Tant pis s’il n’y a pas de quatre heures, aujourd’hui. En plus, j’ai toujours mal partout de mon cours de gym d’hier avec le coach. Le stress est un monstre et moi, aujourd’hui, je n’ai fait que lui courir après. La course contre le monstre. Alors, je dis stop.