Chose promise, chose due, Chouchou. Je t’avais dit que nous irions ensemble à Biscarrosse, eh bien, tu vois, nous sommes en route et tu vas voir comme on est bien, là-bas, chez le patron. Bon, bien sûr, il y a Claude et avec lui, on ne sait jamais trop sur quel pied danser car il est très capricieux et d’humeur changeante, alors, tu le verras sans doute très vite, il faut faire avec. Mais ne t’en fais pas, ils savent pourquoi tu viens avec moi, ça ne devrait pas poser de problème.

Le président ? Non, il n’a pas voulu venir. Déjà, il a fait l’effort de m’accompagner le week-end dernier et nous y retournerons pour quelques jours en septembre, avec mes parents, histoire d’avoir l’impression d’être un peu quand même en vacances, alors, pour lui, deux fois de suite, c’est au-dessus de ses forces. Il ne prend pas plus de plaisir que ça, à être là-bas où passer son temps sur une chaise même pas longue à lire et faire des mots-croisés, pour lui, c’est too much.

Cette notion de plaisir, tu vas vraiment t’en rendre compte, c’est surtout flagrant avec Claude. Pour lui, il ne faut surtout pas prendre trop de plaisir à faire les choses. Non, tu penses… Et c’est surtout valable pour les repas. La semaine dernière, je me suis chargé de toute l’intendance et il a mangé de tout et a tout trouvé bon, parfois même, il en a repris deux fois mais lundi, en partant, il a dit au patron que ça suffisait, maintenant, qu’il ne fallait pas exagérer. C’est idiot, je trouve.

C’est vrai, ça, pourquoi s’interdire de manger des bonnes choses, faites maison et tout et tout ? Non, lui, son truc, ce sont les légumes vapeur, la viande aussi et le tofu. Mais moi, non, quand je vais là-bas, ce sont des grillages, des desserts avec de la pâte, des choses cuisinées et tout et tout. Zut, quoi, ce n’est pas parce qu’on est en week-end qu’on va s’interdire de passer du bon temps à table. Et ça non plus, Claude ne le comprend pas. Pourquoi faire traîner les repas ?

Pourquoi même perdre du temps à prendre un apéritif ? Et quand on va au restaurant, sans lui, évidemment, avec des amis, comme la semaine dernière, il ne comprend pas non plus quel plaisir on a à aller passer trois heures à table, même pas chez soi. « Mais qu’est-ce que vous avez à vous dire ? » Nous demande-t-il à chaque fois. « Vous allez encore ressasser le passé. Quel intérêt ? » Oui, quel intérêt ? Aucun. Quand on se sent bien, pas besoin d’y voir un quelconque intérêt.