Forcément, dans la rue, les gens se retournent plus sur toi que sur moi, Chouchou. Parce que globalement, on mate plus facilement (et avec plaisir) un mec plus jeune, un mec plus beau, un mec plus grand que moi. Un mec tout plus que moi. Ou alors, si on me mate, moi, ce n’est pas pour les mêmes raisons. Toi, si on te regarde, c’est certainement admiratif. Avec une certaine envie. Voire un certain besoin. Moi, on doit se dire « tiens, un vieux ! » Mais ils ne savent pas ce qu’il leur dit, le vieux, à tous ces gens qui le voient ainsi. D’abord, je ne suis pas vieux. Juste un peu moins jeune.

Et si certains pensent : « Il n’est pas gros mais il a du ventre ! », à eux aussi, je leur mon égo leur tire la langue tout en leur haussant les épaules, sans parler des doigts d’honneur que je leur fais, virtuellement. Parce que non, je n’ai pas du ventre. J’ai un ventre qui se voit de plus en plus. Alors ce n’est pas la peine qu’on me le dise, je le sais. Et franchement, moi, j’ai déjà un peu de mal à le gérer sans qu’on me le rappelle. En plus, on n’a pas besoin de me le dire pour que je comprenne qu’on l’a vu. Ça se lit dans leurs regards, parfois directs, parfois de biais, ce qui n’est même pas franc.

Bien sûr, si nous marchons côte à côte, toi et moi, on va voir que tu es plus grand que moi. Mais moi, je ne suis pas petit, je suis juste moins grand. Et puis, qu’ils fassent attention, tous ces plus grands que moi qui s’imaginent que je ne suis pas complet, que je ne suis qu’une portion congrue : on peut croire que je suis loin mais si ça se trouve, je suis tout près. Alors, tu vois, Chouchou, si toi, tu me dis que tu as des complexes avec ton physique, c’est le monde à l’envers. On n’a pas le droit de se plaindre quand on est canon comme toi. Quand on est gaulé comme toi. C’est la dernière fois que je te le dis.