Je suis capable d’attendre des lustres voire des éternités si j’ai moi-même choisi d’attendre. Mais si on m’impose ça, je déteste et ça me mine. Et je voudrais juste parler de deux cas contradictoires que j’ai vécus ou que je vis encore pour illustrer mon propos liminaire.

Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était fin décembre 1981, je n’avais pas encore de travail, ça n’allait pas tarde (tout est relatif : six mois après) et comme je venais de faire connaissance d’Arnold, en août, il m’avait invité à venir passer la St Sylvestre chez lui, en Allemagne, à Wiesbaden. Quelques jours qui se sont avérés être trois semaines mais bon, ça, c’est une autre histoire.

C’était mon premier voyage individuel à l’étranger, donc, important. Les deux premiers étaient plus anecdotiques : à Andorre avec une petite incursion en Espagne en 1967, avec mes parents et un week-end à Londres, en 1980, avec des amis. Cette fois, je partais tout seul. Bien sûr, je savais qu’Arnold m’attendait et ça n’était donc pas compliqué, comme voyage.

Sauf que j’avais une peur bleue de ne pas avoir mon train. Comme je suis maladivement du genre ponctuel, ça me fait arriver en avance à tous mes rendez-vous, travail compris, ainsi, je ne suis pas en retard. Jamais. Et ce matin-là, dans les derniers jours de décembre, j’habitais Paris, dans le 14ème et je devais aller à la Gare de l’Est pour un train dont le départ était prévu vers 13h.

Autant vous dire que cette peur de le rater, ce train qui allait m’emmener jusqu’à Wiesbaden, chez Arnold, que je n’ai pas beaucoup dormi tant j’étais excité par cette expédition nouvelle. Et je me suis levé aux aurores pour finir de me préparer et j’ai pris le métro dès que j’ai pu pour traverser tout Paris, ce qui m’a amené à la gare vers 8h. Le jour venait juste de se lever, lui.

Et j’ai attendu près de 5 heures avant que mon train ne démarre. J’ai pu monter dedans un peu plus tôt mais j’ai continué d’attendre dedans. À ma place. Ma chère place. Et j’avais 7 heures de voyage à faire avant d’arriver à Mayence où Arnold devait m’attendre pour m’accompagner chez lui, à Wiesbaden. J’ai parfaitement géré cette longue attente, sans énervement. C’était choisi.

En revanche, depuis deux ou trois semaines, au boulot, chaque jeudi et vendredi matin, je dois attendre que mes collègues soient disponibles pour venir m’aider à résoudre les écarts dans les stocks. Priorité aux ventes pour le soir qui suit et donc, même en leur donnant vers 7h30 la liste des produits à trouver, à chaque fois, je dois attendre jusque 10h et plus pour qu’ils viennent.

Ce matin encore. Et cette fois, ce sont des attentes subies. Des attentes qui me font trouver le temps péniblement long. Nerveusement interminable. Parce que je n’ai quasiment rien à faire d’autre que patienter. Ça ne me convient pas. Mais on ne peut pas faire autrement. Donc, je fais avec. Et ça fait une pierre de plus à l’édifice que je suis en train de construire pour me décider à partir d’ici.

Ce matin, j’ai profité de cette attente pour écrire mon billet du jour. Ça sera déjà ça de gagné, un peu moins de temps perdu. Et voilà comment on pousse les gens à faire de l’abus de biens sociaux en faisant des choses personnelles sur leur lieu de travail.