Hé, Chouchou !

Tu peux venir me brumiser, s’il te plaît ? Avec une bombe d’eau, évidemment. Je n’ose pas imaginer à quoi tu pensais !... Comment ? Tu as chaud, toi aussi ? Eh bien, tu te brumiseras après moi mais s’il te plaît, je suis plus vieux que toi, donc, plus fragile et, par conséquent, appartenant à la catégorie des personnes à risque, alors toi, vu ton âge, ta vigueur et tes formes en général, tu passes après, merci. Attends, je retire mes lunettes, avant, sinon, je ne vais plus rien y voir, après. Voilà, vas-y… S’il te plaît, pardon, j’avais oublié. Tu n’es pas ma bonne, c’est vrai. Tu es mon bon, ce qui n’est déjà pas mal. Hmmmm, c’est bon, Chouchou, encore, oh oui, encore…

Attention, c’est tellement bon qu’il faut faire gaffe à comment on réagit, je ne voudrais pas que la censure nous tombe dessus en pensant que nous sommes en train de faire des choses que les moins de vingt ans peuvent comprendre mais ne devraient pas connaître. Parce que les gémissements, les « oh oui encore », « mets m’en encore un peu plus » et autres « encore une petite giclée, oui », c’est vrai que ça peut porter à confusion. À la confusion des genres et je n’aimerais pas qu’on me mécomprenne. Ou qu’on m’incomprenne. Tiens, ces deux verbes n’existeraient donc pas tels quels ? Franchement ?  Ça m’ébaubit, je le dis comme je le pense, oui, ça m’ébaubit. Lapointe !

Bon, tu veux que je t’en mette à toi aussi, Chouchou ? Des giclées de brumisateur, idiot ! Alors, tourne-toi vers moi, au moins, sinon, ça ne servirait à rien, de t’arroser la nuque. Quoique, quoique… Bon, maintenant, ce que je te propose, c’est après l’effort, le réconfort, c’est l’heure de la sieste. Et moi, pendant la sieste, en ces moments de canicule outrancière, c’est sacré. Je suis comme les chauffeurs de bus, quand je fais la sieste, on ne doit pas me parler. Je te dirai quand tu pourras commencer à te taire. Et tu attendras que je sorte de ma torpeur pour recommencer à me parler. D’accord ? Tant mieux. Ah, là, maintenant, je me sens mieux que tout à l’heure. C’est bien.

Hein, Chouchou ?