Le président râle toujours après son téléphone. Le premier smartphone avec lequel il a pourtant eu l’air de se sentir bien après quelques essais plutôt infructueux. Et après un retour au bon vieux téléphone portable des familles : avec un clapet et aucun moyen de faire autre chose que téléphoner, envoyer quelques SMS et faire de vagues photos. C’est un peu moi qui l’ai convaincu de venir en prendre un plus adapté, plus contemporain et force est de constater qu’il s’y est plutôt bien mis, surtout au début. Il a encore quelques problèmes avec l’extrême sensibilité de son écran tactile alors que lui, il a tendance à vouloir appuyer comme un fou, ce qui l’amène parfois à supprimer ou à dupliquer des icônes d’applications. « Il est con ce téléphone, il crée des icônes tout seul ! »

Je préfère me taire car de toute façon, c’est vain de lui dire et de lui faire comprendre que ça vient de lui et pas de l’appareil en lui-même. Mais que voulez-vous, je pense qu’il est devenu réfractaire (j’allais écrire rébarbataire, alors que le mot n’existe pas mais je trouve que ça lui va bien, pourtant) à tant de choses… Et comme ce sont toujours les autres, gens ou objets qui se trompent ou qui ne savent pas, je ne vous fais pas un dessin, nous sommes d’accord. Ah si, il a quand même su faire quelque chose que moi je n’ai pas pris la patience de faire : associer une photo à chacun de ses contacts préférés ou importants. J’en suis le premier étonné. « Tu as fait ça tout seul ? » « Ça m’a pris du temps mais j’ai fait ça tout seul, oui. Pour qui tu me prends ? »

Le pire, c’est qu’il n’a jamais son téléphone sur lui ou avec lui. Et quand il sonne, comme par hasard, l’un et l’autre sont chacun à un bout différent de l’appartement. Et là, le président, avec toute la mauvaise foi dont il peut être capable : « Il est vraiment de plus en plus con, ce téléphone. Il n’est jamais là où il devrait être ! » « Tu ne crois pas que c’est toi qui ne l’as jamais avec toi ? Un téléphone, ça s’éduque. Moi, le mien, je l’ai toujours à portée de moi et je l’ai habitué à ne jamais s’éloigner de moi… » « Pffft ! Très drôle ! Il n’empêche qu’il est très con quand même. » Bien sûr, un président a toujours raison. C’est comme un dictateur. Sauf que moi, je sais reconnaître quand j’ai tort. Parfois. De temps en temps. Rarement. Exceptionnellement.