Vous comprenez, moi, la canicule, ça n’arrange pas mes affaires. Au printemps, comme il ne faisait que pleuvoir, pleuvoir, pleuvoir et encore pleuvoir et toujours pleuvoir, j’ai eu l’idée, que je trouvais ingénieuse (pour ne pas dire géniale) de me mettre à mon compte et de devenir marchand de soleil. Après tout, il y a bien des marchands de sables, pour ceux qui veulent dormir ; des marchands de sommeil, pour ceux qui veulent tirer profit de ceux qui veulent un toit pour dormir ; des marchands de bonheur pour ceux qui se souviennent des Compagnons de la Chanson ; des marchands de tapis pour ceux qui aiment bien négocier les prix et des marchands de rêve pour ceux qui veulent s’en souvenir, le matin, au réveil… Alors pourquoi pas un marchand de soleil ?

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J’ai donc fait toutes les démarches nécessaires pour monter ma petite entreprise en mon nom propre, une espèce de société à irresponsabilité illimitée et je peux vous dire qu’en France, le pays des Droits de l’Homme et de la Simplification Administrative, j’en ai chié des ronds de chapeaux avant de pouvoir valider la création de ma boîte. Il manquait toujours un papier, que ce soit pour le tribunal de commerce ou les banques (je ne vous parle pas du prêt, quelle histoire pour en obtenir un, c’est-à-dire pour trouver un gestionnaire qui m’accorderait sa confiance, sans oublier les assurances santé, vu mon âge et même, les assurances d’assurances au cas où la première aurait des problèmes pour me couvrir en cas de pépin de santé…)

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Mais bon, toute chose ayant une fin, sauf la misère et la connerie, j’ai fini par avoir mon numéro d’enregistrement et j’ai pu commander du soleil pour en avoir en stock. Mais il s’était passé tellement de temps entre les pluies diluviennes du printemps et l’été que je n’ai été livré de mes soleils qu’une fois l’anticyclone revenu et bel et bien installé sur le territoire. Et maintenant, je me retrouve avec une quantité astronomique de soleils dont personne ne veut car tout le monde est largement couvert. Limite en overdose. Et là, que vais-je en faire, moi de tous ces astres luisants ? Parce qu’en plus, je les ai commandés avec une date courte pour leurs effets. Ils vont bientôt arriver à péremption. Et je vais me retrouver sur la paille. Je vous le dis, moi, la canicule, ce n’est pas bon pour certains corps de métiers.