Ah vraiment, elle m’énerve, cette poubelle qui tient à peine debout. On dirait qu’elle est ivre d’en avoir trop bouffé. Il faut dire qu’elle s’est goinfrée, littéralement goinfrée. Au fur et à mesure que je cuisinais, hier, elle avalait tout ce que j’ai eu la bêtise de lui jeter dans la gueule, qu’elle avait grande ouverte. Irrassasiable. Et qu’est-ce que ça aurait été si, en plus de lui donner à manger, j’avais étanché sa soif car je suis sûr qu’elle devait avoir envie de boire après avoir ingurgité tout ça. J’ai failli lui balancer quelques gouttes de limoncello, vu que je venais de m’en servir pour imbiber la part de gâteau pour le dessert du président. Mais je me suis abstenu et j’ai bien fait car je ne suis pas sûr que le sac poubelle fût capable d’absorber de l’alcool, en plus du reste. Et des restes.

Quoiqu’il en soit, hier, en fin d’après-midi, comme j’ai préparé la pizza du dimanche soir, je lui ai donné les déchets de poivron rouge, les quelques déchets de champignons rosés et un peu de céleri branche, les feuilles vraiment trop abîmées. Et l’emballage de la mozarella. Mais déjà, hier midi, je lui avais fait manger ce que je ne pouvais pas conserver de la salade que je venais de trier pour la laver. Et les épluchures d’échalotes. Et l’emballage des filets de maquereau fumé. Alors, quand ce midi, après avoir déjeuné, je me suis mis en cuisine pour ce soir et pour demain midi, j’ai encore travaillé des légumes : pommes de terre (avec la peau, certes mais parfois, j’ai dû enlever des morceaux pas très jolis, jolis), la barquette du lapin en morceaux et les peaux de chorizo que j’avais coupé en tranches.

Autant vous dire que quand j’ai ouvert le sac, que j’avais à peine refermé, j’ai eu des effluves pas très agréables de toutes ces odeurs mêlées. Et je peux même affirmer que la peau de maquereau fumé, les pelures d’échalotes, les morceaux de piments (oui, car en plus, j’ai fait deux bocaux de piments verts à l’asiatique pour le président), ça ne donnait pas envie de la garder chez moi. Même bien élevée, une poubelle qui sent de la bouche, je n’aime pas ça. Et moi, quand je n’aime pas, je tue. Je lui ai quand même laissé une dernière chance : « Tu arrêtes de refouler du bec ou sinon, je te flingue ! » Elle n’a rien voulu entendre. J’ai sorti ma carabine et j’ai tiré. Au bruit que ça a fait, le président m’a demandé ce qui s’était passé : « Je viens de descendre la poubelle ! » « Ah bon ! »