C’est drôle, on dirait que tu fais un peu la tête, ce matin, Chouchou. Quelque chose ne va pas ?

Je sais, j’ai eu tort, Chouchou. J’ai eu tort mais je n’ai fait de mal à personne, hier, en te faisant chercher le nom de cette actrice, que tu n’as pas trouvé. Je n’aurais pas dû insister au point de te faire perdre ton temps mais c’était tellement drôle de te voir les sourcils froncés et les neurones au bord de sortir de ton cerveau tant ils bouillonnaient. Et si je dis que j’ai eu tort, crois-moi, c’est bien parce que je sens que tu es un peu contrarié mais dis-toi bien qu’au fond, ça n’a que l’importance que tu veux bien lui donner, à cette anecdote qui sortira bien vite de ta tête. Dis-toi que ce n’était qu’un jeu. Un simple jeu. Et je t’avais prévenu, je suis pervers à mes heures perdues.

Ce qui m’étonne surtout le plus, c’est que normalement, comme tu es mieux que moi en tout, tu n’aurais jamais dû perdre patience en cherchant le nom de cette comédienne. Que moi je trépigne quand je ne trouve pas quelque chose ou quelqu’un, c’est dans ma nature mais si je t’ai embauché à mon service, c’est bien pour compenser ce qui ne va pas et ce qui ne va plus en moi. Donc, tu aurais dû rester zen. Et donc, moi, je suis très surpris de voir comment tu n’as pas très bien la chose. Tu devrais avoir un certain sens de l’humour. Ou alors, moi, j’en ai tellement qu’il n’y en a plus pour toi. En tout cas, c’est bizarre. C’est la première fois depuis que je te connais que je te vois boudeur.

Mais oui, bien sûr que oui, que tu es boudeur. Je le vois bien. Tu boudes. Tu fais du boudin. Tu es sans doute mauvais perdant. Encore une fois, c’est sans doute parce que moi je ne le suis pas et que comme pour mes défauts, la compensation se fait aussi avec mes (rares) qualités. Tu es mieux que moi pour tout ce qui ne va pas ou plus et tu es probablement moins bien que moi pour tout ce qui va bien en moi. Ça va, tu as m’as compris ? Parce que cette phrase était un peu alambiquée, je trouve. J’aurais dû l’écrire pour voir si elle tenait la route car à l’oreille, en m’entendant la prononcer, j’ai eu quelques doutes. Parfois, il peut y avoir un fossé entre ma pensée et ma façon de l’exprimer.

Alors, pour me faire pardonner, qu’est-ce que je pourrais dire ou faire qui te ferait plaisir ? Un lot de consolation, quoi… Non, pas un câlin, pas à cette heure-ci. Il est 9h30, je suis au boulot, même si personne ne pourrait nous voir vu que tu n’existes que dans mon esprit, mais non, encore une fois, pas au boulot. J’ai des principes. En principe. Que je te donne ta journée ? Ou ta demi-journée ? Je veux bien mais reconnais que je ne te sollicite pas beaucoup. Du temps libre, tu en as déjà à revendre. Mais si c’est ce dont tu as envie, soit. Que les choses soient ainsi décidées. Amen. Oui, je sais, là, soudain, j’ai eu envie de cinq secondes de grandiloquence. Ça m’arrive, ça m’arrive.

Tu veux la vérité ? La seule vérité ? Toute nue ? Eh bien je n’ai parlé avec aucune actrice, hier. J’ai simplement entendu parler l’une d’elles, à la radio et j’ai un instant cru qu’elle s’adressait à moi. Ça m’a fait plaisir de penser ça. Parce que je la trouve sublime. Aujourd’hui, presque parfaite. Et je trouve juste dommage qu’elle n’ait pas la place qu’elle mérite dans le cinéma français d’aujourd’hui. Question de choix de sa part, je suppose. Une femme que j’aimerais bien connaître en vrai. Et je te la présenterai, à l’occasion. Parce que nous aurons d’autres rendez-vous, elle et moi. Et je suis sûr qu’elle tombera sous ton charme, Sophie, ça ne peut pas être autrement.

Oui, parce qu’il y aura d’autres fois où nous nous verrons, avec Sophie et là, je te présenterai.