Avertissement : ce billet est un billet d’humour à prendre au deuxième degré.

Oui, madame la juge, oui, je le reconnais, je l’ai frappée. En même temps, elle l’avait bien cherchée. Ce qui m’a énervé ? Ce qui m’a énervé, c’est quand elle m’a sorti une énième connerie comme celles qu’elle doit lire dans ses romans d’amour ou ses magazines pour bonnes femmes. Oui, je sais ce que je dis. Comme si elle n’avait que ça à faire de ses journées. Et moi, quand je rentre, souvent, la table n’est pas mise, le repas n’est pas prêt et le matin, le nombre de fois où je n’ai pas de vêtements repassés pour aller voir mes potes au café, non, je vous dis, on aurait dû interdire la lecture aux femmes. Elles se mettent des idées dans la tête et ce n’est pas bon pour elles. Et ce n’est pas bon pour nous non plus. Parce que si elles se mettent à penser, en plus, jusqu’où ça va aller, moi, je vous le demande, madame la juge. À voir des femmes devenir juges, comme vous, justement. C’est bien ce que je dis, ça n’a ni queue, ni tête. Alors que nous, les mecs, on a la queue et la tête. On est bien équipés à côté des femmes. Surtout moi, si vous me comprenez. Demandez  à mes copains, au Balto, ils vous confirmeront, eux.

Ce qu’elle m’a réellement dit ? Que c’était un peu de douceur dans un monde de brutes. Je sais pas où elle voit un monde de brutes, elle, mais moi, je n’en vois pas autour de moi. Alors, je lui ai foutu une claque sur la joue gauche, c’est celle de son cœur pour lui montrer qu’elle ferait mieux de se taire. Et comme je n’avais pas baissé ma main, avec le rebond, elle en a pris une sur l’autre joue. Ce n’est pas ma faute si elle rebondit, ma femme, vous savez. Moi, je n’avais plus bougé depuis la première baffe que je lui avais donnée. Comment, madame la juge ? Non, ce n’est pas la première fois que je lui en colle une mais là, y avait longtemps. Il faut dire qu’on est séparés il y a presque vingt ans mais on vient de se remettre ensemble. Enfin, surtout elle parce que moi, vous voyez ce que je veux dire ? Non mais vraiment, un peu de douceur dans ce monde de brutes. Je peux vous dire que la douceur de ma main, elle a dû bien la sentir mais comme je l’ai dit, elle l’avait bien cherché. Moi, je ne frappe jamais sans prévenir. On a de l’éducation on n’en a pas. Foi de Jacky Grosçon. 

Pourquoi qu’on s’était séparés ? Elle trouvait que je gueulais trop mais moi, je ne gueulais pas, je me contentais de dire la vérité : c’est une feignasse, une grosse feignasse. Elle passait ses matinées devant la télé à regarder des feuilletons brésiliens avec tout un tas de pédés et de pétasses et après, elle lisait. Madame lit. Comme si elle avait le temps de lire ! Alors moi, des fois, je lui dis ma façon de penser et si elle n’est pas contente, je la menace de lui en coller une. Sauf qu’avant-hier, je lui ai montré ce que c’était vraiment que d’en recevoir une, non mais sans blague ! Pardon ? Hein ? Sept ans dont trois avec sursis et quatre ans ferme ? Pour une simple petite baffe, une baffounette ? C’est cher payé. Surtout que c’est elle qui est venue se coller à ma main. Vous voyez, madame la juge, si vous étiez restée chez vous, devant votre évier, à faire la vaisselle, j’aurais été jugé normalement par un homme qui m’aurait compris et je n’aurais pas été condamné. Un peu de douceur dans ce monde de brutes, tu parles !