Mouais, c’est bien, c’est même vachement bien mais bon, on a déjà connu à en 98. Bon, d’accord, je sais que cette année, c’est très tendance de se la jouer 20 ans après, mais vous savez quoi, quelque part, même si je suis content et même si je suis fier, quelque part, je m’en fous un peu. Parce que je ne m’y suis pas intéressé. À vrai dire, je n’ai regardé que la dernière demi-heure de la finale. C’est vous dire ! Pendant tout le reste du match, je faisais mes comptes, je faisais des projections pour si je m’arrête en janvier prochain et je voyais sur quoi je pouvais rogner.

Nous avions fermé tous les volets aux trois quarts tant l’atmosphère était lourde et nous étions presque dans le noir. Les ventilateurs étaient tous réquisitionnés et autant vous dire que ce qui se passait à Moscou n’était pas prioritaire pour nous. Même si, au fond de moi, dans un fond peu connu, j’avais envie que nous la gagnions cette deuxième Coupe du Monde mais si ça n’avait pas été le cas, j’aurais continué de vivre comme avant. J’aurais quand même fait ma pizza du dimanche soir. Et j’aurais quand même eu très chaud, cette nuit.

Loin de moi de minimiser une telle victoire et un tel honneur que la France soit le centre du monde pendant quelques heures, quelques jours ou quelques mois. Tout passe, tout casse, tout lasse. J’ai eu une pensée pour le 11 janvier 2015 où nous étions rassemblés pour une tout autre raison. Chacun ses priorités même si on a le droit d’avoir les deux. Non, je suis content parce que tout le monde peut s’approprier une telle consécration. Je suis content parce que ça va peut-être redonner un peu de sourire à la France que je trouvais un peu triste, ces derniers temps.

Et peut-être même que ça va donner un bon coup de main à notre président. C’est vrai, ça, une équipe nationale qui gagne, normalement, ça fait monter les sondages pour tout le monde. Donc, ça devrait avoir quelques impacts positifs. Si… Si seulement… Si seulement ça pouvait durer un peu plus que le temps que durent les roses… Nous avons gagné, c’est une évidence et même si j’ai été un peu ému de voir la liesse engendrée par ce résultat qu’on n’aurait pas soupçonné il y a encore quelques semaines, je n’ai pas réussi à retrouver le même plaisir qu’en 98.

Peut-être ai-je trop vieilli sans m’en rendre compte. Peut-être n’ai-je pas assez vu le temps passer. Ou peut-être l’ai-je trop vu passer. J’ai néanmoins vécu un joli moment, quand les équipes sont passées devant les officiels pour être félicitées, joueur après joueur, vaincus et vainqueurs : la présidente croate et le président français, tous les deux très confraternels et conviviaux. J’ai beaucoup aimé cette femme. Une allure folle. Et un président qui a su étreindre les nôtres comme il se devait. Finalement, c’est pour ça, peut-être que ça valait la peine.