Je ne peux pas être partout, Chouchou. Je te rappelle que si tu es à mon service, ce n’est pas que pour mon bon plaisir, ni pou ton bon plaisir, je n’arriverai pas à fournir, cet après-midi et avec cette chaleur, je préfèrerais que ce soit toi qui transpires au lieu de moi. Parce que comme hier, j’ai eu froid, au boulot, je voudrais éviter les amplitudes thermiques néfastes pour mon organisme, on ne sait jamais. Nous entrons dans une des hautes saisons, à mon travail, alors, je ne peux pas me permettre de tomber malade. Ni de tomber amoureux.

Alors, comme je ne peux pas être partout, comme je te l’ai dit au paragraphe numéro 1 (remplissage, remplissage, quand tu nous tiens – par la barbichette ?), tu vas me passer la vitesse supérieure, cet après-midi pendant que je me reposerai. Et sois heureux, je ne vais te demander que deux choses alors que j’en avais prévu plus ou moins trois. Tu as de la chance, c’est moins. Alors que ça aurait même pu être plus. Mais je ne suis pas sadique. Je ne veux pas l’être avec toi, tu m’es déjà précieux, sache-le. Mais pourquoi pas, un peu plus tard, si on a envie de jouer, tous les deux.

Tu vas donc passer chez Bouchara pour récupérer la commande que j’ai passée sur Internet, l’autre jour, la semaine passée, il y a une éternité. Dedans il y a un cadeau pour quelqu’un mais je ne sais plus très bien qui, depuis le temps. Tu verras, quand tu auras mon âge !... Et ensuite, tu iras à la salle de sport, celle de Mériadeck, celle que je t’ai montrée, au début où je t’ai embauché et tu feras le cours avec le coach. À ma place, oui, à ma place. Vu que tu es plus jeune que moi, plus musclé et peut-être même plus motivé par le sport que moi, c’est très bien que ce soit toi qui y ailles.

Tu commenceras par un échauffement sur un tapis de marche (ou de course, tu verras quand tu seras là-bas) ou pas une machine elliptique. Essaie de faire une demi-heure, c’est ce que je fais, moi, donc, si moi, j’y arrive, toi, ça va être les doigts dans le nez.  Et si possible, dans le tien, de nez, pas dans celui de quelqu’un d’autre. Et surtout pas celui du coach. Je ne suis pas assez intime avec lui, je ne sais pas comment il pourrait prendre la chose. Et tu essaieras de rentrer avant l’heure de pointe car même si on est en juillet, justement, il y a moins de tram et donc, plein de monde dedans. 

Je dis ça juste pour ton confort, c’est plus agréable quand il n’est pas bondé, le tram. Et ça nous permettra de boire un rafraîchissement ensemble, sur la terrasse. Et de discuter, toi et moi. De faire un point. Moi, je te l’ai déjà dit, je suis content de t’avoir à mes côtés. J’espère que pour toi, ça va aussi. Non, ne me dis rien maintenant, ça va être l’heure de déjeuner, je préfère qu’on en parle tout à l’heure, tranquillement. Et tu me raconteras ta séance avec Jérémy. Voilà, comme ça, comme je ne peux pas être partout, au four (crématoire) et au moulin (à vent), c’est parfait comme organisation.