Il faut que je la raconte, celle-ci car j’en suis encore tout retourné. Quand on voit comment les gens élèvent leurs enfants, maintenant, on peut se dire que c’est plutôt les enfants qui élèvent leurs parents. Mouais, personne n’élève personne, pas même le débat. En tout cas, ce que j’ai vécu, samedi après-midi, en revenant de ma séance de cinéma, je n’en reviens toujours pas. Outre que le fait que ces nuisibles de cégétistes ont bloqué la circulation des trams de la ligne B au centre-ville alors que c’était en plein cagnard, je suis donc allé prendre le mien place des Quinconces. Et là, après avoir eu bien chaud pour arriver là, je me suis installé et j’ai attendu que nous démarrions. Il y avait assez peu de monde à cette heure-ci (il était 16h, à peu près) avec le fait que beaucoup de gens devaient être sur les plages et d’autres, devaient être restés chez eux pour le match France-Argentine des huitièmes de finale du Mondial 2018, tout le monde s’en foot, surtout moi.

Et bien sûr, il a fallu que ça tombe sur moi. Une mère de famille et sa fille d’environ 6/7 ans. Je n’avais pas pris de bouquin à lire et donc, pour passer le temps, je faisais une partie de Scrabble tout seul sur mon téléphone portable. Ça n’a pas traîné pour que la gamine geigne et couine. Et, tenez-vous bien, très rapidement, elle a dit à sa mère, dépassée par cet événement qu’est sa progéniture adorée mais probablement insupportée, qu’elle voulait jouer avec le téléphone du vieux monsieur. D’abord, je ne suis pas si vieux que ça, petite conne et ensuite, c’est mon téléphone, je n’ai aucune raison de te le prêter, ai-je pensé très fort. Sa mère lui a quand même dit non, d’un air résigné tout en levant quand même les yeux au ciel et en soupirant ostensiblement. La gamine a continué ses simagrées : « Monsieur, donne-moi ton téléphone, je veux jouer avec ! » Interloqué, j’ai fait non de la tête. Elle a recommencé de plus en plus fort, avec sa voix stridente ; « Je veux ton téléphone ! «  « Je veux ton téléphone ! »

Alors, excédé et ne voulant pas dire des choses que j’aurais pu regretter ou qui se seraient retournées contre moi, je me suis levé et je suis allé m’asseoir un peu plus loin. Elle m’a suivi, la petite peste, en réclamant toujours mon téléphone, devant des passagers ahuris. Et elle s’est mise à pleurnicher si fort que c’en était insoutenable. Évidemment, les autres gens autour de moi me regardaient d’un air réprobateur, pensant peut-être que j’étais de la famille de la chieuse. Je n’ai rien voulu céder au petit monstre et j’ai fini par descendre à la première station qui suivait pour en être débarrassé. Et là, j’ai attendu le tram d’après. Tant pis pour la chaleur accablante qu’il y avait sur le quai. Je préférais encore ça à cette insupportable gamine pas élevée. Il  y vraiment des fessées qui se perdent. Mais je dois vous dire la vérité. J’ai un peu menti, dans mon récit. Ce n’était pas à 16 heures, que ça s’est passé, samedi, mais vers 15h.