« À vous Stéphane et vous pensez bien à votre dos et à vos pectoraux, aussi, hein ? »

Pfou, moi, je dis qu’il fait trop chaud pour faire un cours avec le coach. D’autant que je me demande s’il n’aurait pas quelques tendances sadiques. Il voit bien que je souffle et que je souffre. Surtout avec cette chaleur. À combien j’en suis, là, 6 ? Seulement 6 de la première série sur 4 ? « Allez-y, c’est bien Stéphane, huit » Vivement la fin de la séance, tiens. Haan haaan pfouuu. « 11, c’est bien  Stéphane, c’est très bien, encore 4 de plus si vous le pouvez… » Un peu que je peux, tu vas voir, mec, moi, il ne faut pas me dire des choses pareilles, j’ai un orgueil démesuré quand il est en érection. Qu’est-ce que j’ai prévu pour le dîner, déjà, ce soir ? Ah oui, la ratatouille avec les chipos espagnoles. Ça va être bon, ça. Je vais même voir si je peux servir tout ça froid. Comme une vengeance.  « Et quinze, parfait, Stéphane et maintenant, vous vous mettez sur le ballon pour le deuxième exercice. »

« Vous vous souvenez de ce que je vous avais montré tout à l’heure ? »

Pfouf, pfouf ! Il est marrant, lui, le coach, c’est un gamin d’une vingtaine d’années. J’ai quasiment trois fois son âge et moi, le sport, ce n’est pas une vocation. Pfouf, pfouf ! Je trouve que les temps de récupération sont trop courts. Avec Benoît, avant, on pouvait tricher en discutant entre deux exercices mais avec lui, c’est l’armée. Et pas celle du salut. Pfouf, pfouf, haaan,pfouf, pfouf ! Je trouve que je fais bien les onomatopées. « Pensez à bien serrer vos abdos, Stéphane. » Tu parles, Charles, serrer mes abdos ? C’est comme si tu essayais de serrer de la purée Mousseline, ça coule entre les doigts. Bon d’accord, j’exagère un peu mais je suis loin d’être le roi des abdos, moi. « Et 15, c’est très bien, Stéphane, quarante-cinq secondes de récupération et on fait une deuxième série des deux exercices. Ça va ? » Pfouf, pfouf, pfouf ! Oui, ça va. Ça ira. Ah ça ira, ça ira, ça ira ! Pfouf, pfouf, pfouf !

« Allez, c’est très bien, Stéphane, on tient bon la barre et on tient bon le vent. »

Il faut absolument que je pense à autre chose sinon, je vais me décourager et il est hors de question que je renonce. Je ne suis pas comme ça, moi. « C’est très bien, Stéphane mais pensez à ce que vos omoplates se touchent, quand vous êtes en haut. Et à bien bomber le torse. » Pfouf, pfouf, pfouf, haaan, haaaaan ! Au fait, je n’ai toujours pas terminé mon billet sur les harengs qui pètent. Je ne sais même pas si on peut dire que j’ai commencé. Peut-être trois phrases. Ça fait encore un peu juste. Pfouf, pfouf, haaan, haan, pfouf ! « C’est très, très bien Stéphane, 10, 11… » J’ai soif. Qu’est-ce que j’ai chaud, c’est à peine croyable tellement j’ai chaud, je transpire de partout. Même des neurones, c’est dire. « Bon, on va passer aux étirements, alors. » Non, non, coach, je vous jure que j’aurais pu aller au bout si vous aviez insisté. Pfouf, pfouf, pfouf. En même temps, je ne suis pas mécontent que ça soit fini. Vivement ce soir qu’on se couche, tiens.

« Là, c’est bien, maintenant, vous faites le dos rond et après, vous vous lèverez lentement… »