Je suis content de ce week-end chez les parents. Et toi, Chouchou ? Ça va, tu n’as pas été trop intimidé ? Tu n’as pas eu l’air, en tout cas. Au fait, je voulais te dire que j’étais désolé mais samedi soir, quand nous avons marqué le coup pour l’anniversaire du président, je t’avais complètement oublié dans la remise des cadeaux. J’en avais acheté trois, pour mes parents et moi et je vous ai zappés, Jean-Yves et toi. J’espère que tu n’es pas fâché.

En même temps, mes parents et toi, vous vous connaissiez déjà vu que tu es mon autre. Mais ça me plaît, cette idée de vous être officiellement présentés les uns à l’autre et réciproquement. En tout cas, je te félicite, tu t’es très bien tenu et j’ai apprécié que tu ailles aider ma mère pour mettre la table et faire la vaisselle, ça m’a permis de me reposer un peu plus. Mais la prochaine fois, si mon père te dit de ne pas te casser la tête, surtout, ne l’écoute pas, d’accord ?

Puisqu’on en est à faire un premier bilan depuis que tu es à mon service, pendant que tu conduis ma voiture, je voulais te dire deux ou trois choses. D’abord, ça va, tu te sens bien avec moi ? Avec nous ? Je te rappelle que tu es soumis à une clause de confidentialité. Et si tu m’accompagnes dans des endroits où je ne suis pas censé aller, si je ne veux pas que ça se sache, je te prie de bien garder ça pour toi. Tu es à mon service, pas à celui des autres.

Revenons un instant à mon père. Tu as remarqué qu’il t’a tout de suite tutoyé comme s’il te connaissait depuis toujours, oui, comme s’il t’avait fait, même. Et tu sembles avoir hésité à lui dire « tu », toi aussi. Je vais te rappeler une règle de base en France où ce n’est pas comme c’est peut-être chez toi : ici, on vouvoie son patron. Et ses beaux-parents, au moins au début. Alors n’oublie jamais ça, s’il te plaît. Jamais. Tu vas t’y faire, j’ai confiance.

C’est vrai que j’aurais préféré un latin mais bon, dans la vie, non seulement, il ne faut pas s’en faire mais en plus, on ne choisit pas toujours. Enfin si, je t’ai choisi mais parce que je n’avais pas ce que j’avais imaginé. J’ai toujours cru que mon double serait plus du sud, plus méditerranéen. Je n’aurais jamais imaginé une seule seconde que tu puisses venir de l’est. Mais ça me va, tu sais. Ça me va même très bien, Chouchou, ne t’en fais pas.

Pendant que j’y suis, on va profiter du fait qu’il y a peu de circulation sur l’autoroute pour deux ou trois autres petites choses. Tiens, justement, il va falloir te mettre au parfum. Non, pas mettre du parfum, te mettre au parfum. Il faut que tu saches que je ne supporte pas les gens qui cocottent, ni les mecs, ni les femmes. Donc, tu évites de te parfumer quand tu es à mon service. Jamais. C’est entendu ? Bon, c’est bien. J’aime quand tu es coopératif.

Ah oui, hier, tu m’as dit : « Vous devriez vous raser, monsieur Stéphane. »  Je t’ai demandé quelque chose ? Tu ne vas pas me dire quand je dois me laver, aussi, si ? (Oh Sissi !) Dis-moi, ce n’est pas parce que toi-même, tu t’es rasé, hier matin... Donc, même si je ne le prends que comme un conseil, sache que je fais ce que je veux quand je veux et si je veux. Voilà, bon maintenant, je vais dormir un peu, je te laisse conduire tranquillement.