Le premier samedi de l’été. Hop ! On prend la voiture et on s’en va. On pourrait aller en Italie, faire un saut à Sienne et profiter de ce bien-être qu’on avait déjà ressenti sur la piazza del Campo. Revenir en arrière et retrouver une certaine légèreté. Mais non, on va faire plus simple. Et moins long car je ne me vois pas faire autant de route pour me rendre au cœur de la Toscane. On ne va pas dépasser les 220 kilomètres ni aller au-delà de 2h30 de route. Ou d’autoroute. Et on va aller, on va aller… Tiens, si on allait chez mes parents, à St Maixent ?

On n’est pas obligés de les prévenir. Il y aura bien de quoi manger, maman pourra toujours improviser un petit mana-mana histoire de nous caler l’estomac. On arrivera juste pour se mettre les pieds sous la table, si on part à 10h. Au plus tard. La vie de château, quoi ! C’est vrai, ça, à quoi ça sert d’avoir ses deux parents octogénaires encore en vie si ce n’est pas pour se la jouer comme quand on était ado, avec eux. Cette à cette heure-là que tu arrives ? On n’est pas à ta disposition, tu sais. Et tu pourrais vraiment faire un effort.

Oui, je sais, la maison, ce n’est pas un hôtel. Ni un restaurant. Mais vous n’allez pas me laisser sans manger. Vous n’allez pas non plus me laisser dormir dans la rue, même si on est en juin. Et si je sais bien les prendre par leurs sentiments, ça devrait passer comme une lettre à la Poste, sauf un jour de grève. Mais ça n’est pas le cas, à ce que je sache. Et si d’aventure, ils n’étaient pas chez eux… Il n’y a aucune raison pour qu’ils ne soient pas chez eux. À leur âge, ça deviendrait un peu indécent s’ils étaient tout le temps par monts et par vaux.

De toute façon, mes parents sont des gens normaux. Comme de nombreux parents. Et ils ne peuvent donc pas ne pas être contents de nous voir arriver. Sinon, je m’en serais rendu compte depuis bien longtemps. Non, je vous jure, à chaque fois que je vais les voir (et en plus, ce n’est pas si souvent que ça), ils ont l’air content. En tout cas, ils ont le sourire. Et ça, on ne peut pas faire semblant. Donc, c’est acquis, nous arriverons vers midi, midi quinze. J’espère que ça sera prêt et surtout, encore chaud parce que je n’ai pas envie de manger froid, aujourd’hui.

Et j’en profiterai pour leur demander s’ils ne peuvent pas m’aider, financièrement. Oh, pas grand-chose, juste un peu. Je leur dirai que c’est pour aller me reposer, passer quelques jours quelque part. Tiens, je leur ferai croire que je pars trois jours à Sienne. Et que j’irai manger de nouveau ce plat de pâtes que j’avais tant apprécié, quand j’y suis allé la première fois : les spaghettis aux pistaches. Après tout, à mon âge, je ne suis plus tenu de leur dire la vérité. Ça risquerait trop de leur faire un choc et eux, ça craint. Je préfère les ménager encore un peu. On ne sait jamais.