J’ai deux heures à tuer. Je vais encore devoir faire semblant. Je vais encore devoir simuler. Ça va devenir une habitude, si ça continue encore et encore. Et après, je ne serai peut-être plus capable de faire la différence entre mes simulations et une réalité, à défaut de la réalité. Parce que j’aurai perdu pied. Parce que je me serai enlisé dans les sables mouvants de l’ennui au travail. Jusqu’à ce que mort ne s’ensuive pas. Enfin, j’espère. Oui, j’espère vraiment.

Encore une heure trois quarts. Un temps qui me paraît être interminable. Une insurmontable attente. Un temps perdu qu’il ne serait pas la peine de vouloir chercher, c’en serait encore bien plus, du temps perdu. Du temps gaspillé. Du temps à se manger les petites peaux autour des ongles. Ou alors, carrément, à se remettre à se ronger les ongles. Histoire de s’occuper. Et si je lève les yeux au ciel, ce sont des mouches que je vois au plafond.

Il me reste encore une heure quinze à patienter jusqu’à ma libération provisoire. Voire conditionnelle. C’est encore plus qu’un simple laps, c’est une échéance. Un bail. C’est ça, c’est un bail et pendant ce temps-là, je bâille aux corneilles. Je bâille parce que j’ai faim. Non, parce que je m’ennuie. Alors, heureux ? Oh oui ! Oh oui ! Ça n’a d’ailleurs jamais été aussi bien qu’aujourd’hui. Que ne faut-il pas faire pour faire croire que ça va !

Il me reste encore quarante-cinq minutes avant l’heure H. Entre chaque moment où je regarde l’heure et où je réalise que je piétine tant et plus, j’écris. Pour meubler le temps. Le faire passer. J’écris mais je ferais mieux de crier. Ça me soulagerait peut-être de tant de pesanteur. Ça me rendrait un peu de souffle et pourquoi pas, un peu de vigueur. Et de motivation. Et de tout ce dont je suis en carence. En manque. Impair et passe. Les jeux sont faits.

Encore quinze minutes avant le moment que j’attends avec une impatience difficile à maîtriser. Et à cacher. Ah tiens, voilà quelqu’un avec un uniforme. On ne vous a pas dit ? Votre départ est reporté à un horaire ultérieur. Nous n’avons pas plus d’éléments à vous communiquer pour le moment. Mais nous ne manquerons pas de vous tenir informé en temps utile. Nous vous remercions de votre compréhension. Et de votre patience. À bientôt.