En revenant de vacances, il y a un peu plus de deux semaines, maintenant, au boulot, on m’a dit que j’avais un stagiaire en face de moi. Quelle ne fut pas ma surprise ! Ou quelle ne fut pas ma surprise ? J’ai tellement l’habitude d’être tout seul dans un grand bureau que j’avoue que ça a piqué ma curiosité, quand on m’a annoncé la nouvelle. Tout en n’étant pas pressé de le rencontrer car j’ai tellement perdu l’habitude d’avoir quelqu’un en permanence juste sous mes yeux… J’avoue avoir eu un peu peur de ne plus pouvoir travailler de façon aussi concentrée qu’avant. Mais bon, j’ai eu de la chance, il n’arrive qu’à 9h30 et moi je pars vers 11h, parfois 11h30, donc, au pire, ça nous fait deux heures ensemble à tout casser. S’il y avait le moindre problème relationnel entre nous, que ce sont deux heures par jour au regard de toute une vie, hein ?

Il est arrivé, grand, jeune, évidemment, l’air décontracté et il s’est assis en mitoyenneté par rapport à moi mais pas en latéral, non, en face à face. Comme il est vraiment très grand et qu’il a un écran d’ordinateur plus petit que le mien, je vois tout le temps son front et ses yeux quand je regarde le mien. Ça, ça m’a un peu agacé mais bon, il n’est pas Big Brother non plus, à ce que je sache. Ou alors, on me cache des choses terribles. Et, de jour en jour, je peux vous dire que si on a échangé plus de vingt mots différents en dehors de « bonjour », « bonne journée », « bon week-end », « bon courage » et autres « tu cliques sur OK et ça doit marcher, normalement », c’est le bout du monde. Allez donc savoir pourquoi mais je n’arrive pas à communiquer avec lui. Je ne peux pas. Je n’ai rien à lui dire. Il est pour une mission à laquelle je suis un peu étranger.

On l’a mis en face de moi pour un problème de place ? Je ne vois pas pourquoi, il y a plein de place dans le grand espace commercial, il aurait pu s’installer à côté de son maître de stage, notre responsable direct. Je ne comprends vraiment pas ce qu’il fait là. Mais je peux quand même parler de choses qui me dérangent chez lui : le deuxième jour où je l’ai vu, il a appelé à 9h50 pour dire qu’il serait en retard à cause d’une panne d’oreiller. Autant vous dire que pour moi qui suis très à cheval sur les horaires, j’ai trouvé ça irrecevable. En retard quand on commence à 9h30 ? Et puis quoi, encore ? Et l’autre chose, c’est qu’une fois sur deux, il arrive ici vêtu d’un bermuda de plage, imprimé, genre surfeur et ça, non, je ne le comprends pas et ne l’accepte pas. Si j’étais son maître de stage, je l’aurais fait aller se changer chez lui. On est dans une entreprise, là, non ?