Bon, votre profil me convient, a priori et je me propose de vous embaucher comme valet de pied. Non, attendez, on va changer la fonction sur votre contrat, valet de pied, ça fait vraiment trop domestique et je pense qu’il vaut mieux que j’inscrive… tiens, assistant personnel, je pense que ça, c’est bien. Vous êtes donc officiellement mon assistant personnel à partir du moment où vous aurez paraphé et signé ce document. Et alors votre rôle consistera à être présent à chaque fois que j’aurai besoin de vous. Bien sûr, vous aurez droit à des plages de repos, comme indiqué en page 2, notamment quand je dormirai et aussi, quand je n’aurai pas besoin de vous. Vous logerez ici, comme convenu et pour vos émoluments, on fait comme on a dit. Voilà, c’est ça. Nous sommes d’accord. Et maintenant, allez chercher vos affaires, j’ai besoin d’être un peu seul un moment.

Ça, c’est fait. Maintenant, j’ai mon assistant personnel. Chouchou. Ça lui va bien, ce surnom. Et puis c’est facile à retenir. Son vrai prénom, j’aurais eu trop de mal. Il faut dire qu’entre la mode des noms bizarres et ceux qui viennent de pays lointains, parfois, on ne sait même pas comment les prononcer. Chouchou, c’est très bien. Ça ne fait pas trop intime et ça permet d’aller vite. Ça ne veut rien dire, ce que je viens d’écrire mais tant pis, c’est venu tout seul. Ce n’est pas tout, ça, mais je vais profiter du fait que Chouchou s’est absenté pour une petite heure pour vaquer à quelques occupations trop personnelles pour les partager avec lui, dans l’immédiat. On verra plus tard mais là, maintenant, non. Et je vais aussi attendre qu’il revienne pour boire un verre même si j’ai soif car tant qu’à faire, autant qu’il soit dans le bain dès qu’il reviendra vu qu’il commence aujourd’hui. Inutile d’attendre.

Ni de prendre des gants. En tout cas, moi. C’est marrant parce qu’il me rappelle Pierre. Pierre, ce héros, cette crapule. Ce mec que j’avais inventé (déjà, à l’époque) quand j’avais une vingtaine d’années et qui était à la fois mon double, mon coach (on ne disait pas coach, en ce temps-là), mon espion, ma conscience et mon envie d’être un autre. Eh bien Chouchou, c’est pareil. Ou à peu près. C’est un mec qui n’existe pas mais que je viens d’embaucher pour répondre à tous mes besoins, satisfaire tous mes caprices et me rendre la vie plus facile au quotidien. Je lui ai fait un contrat oral de trois pages (verba volant, scripta manent, comme on dit en latin, les paroles s’envolent) et quand j’aurai besoin de ses services, je ferai appel mentalement, virtuellement à lui. Et déjà, rien que le fait de savoir qu’il va être là, dans ma tête, ça me fait du bien. Après tout, il n’y a pas de raison, hein ?