Là, je suis en train (malgré les grèves SNCF) de tuer le temps tout en me demandant si je vais savoir me débarrasser de son corps. Mais ça, c’est encore une autre histoire. Parce que tuer le temps, ce n’est pas la première fois que ça m’arrive et planquer son corps, je l’ai déjà fait à chaque fois mais là, le problème, c’est que c’est plein de temps morts, dans ma cachette secrète. Alors, si j’en mets encore un, même un petit, je sais que ça va déborder. Et du temps mort qui déborde, ça peut vite ensevelir tout le reste. Et ça, ce n’est pas très cool. Oui, parce que si ça déborde, ça coule.

Ou encore, je suis en train (toujours en grève, la SNCF ? Pardon, ma question est complètement idiote) de perdre mon temps à ne rien faire. Je veux dire, à ne rien faire d’intéressant, ni de constructif, ni de bienfaisant pour la planète. Alors, comme à l’instant J et à la minute T, je n’ai pas spécialement envie de penser à sauvegarder quelque espèce que ce soit, il me reste la possibilité de construire quelque chose. Un abri anti-connerie ? Non, ça ne sera jamais assez étanche. Et moi, je suis décidément bien trop perméable à tout. Une véritable éponge, je vous dis, un vrai buvard.

Je peux aussi être en train (ça y est, on peut envisager de s’acheter un billet ?) de gagner du temps. Mais gagner du temps pour quoi ? Pour reculer les échéances ? Oui, je veux bien, mais ça dépend desquelles, je ne suis pas prêt pour toutes. Pas pour tout et n’importe quoi. J’aimerais juste mieux le maîtriser, ce foutu temps. Ça devient obsessionnel. En gagner quand j’en ai besoin et en gaspiller jusqu’à en perdre quand j’en ai trop. Trouver le juste milieu. Là où probablement coule une rivière. Un endroit secret où il ferait bon aller se promener et écouter l’eau chantonner.

D’autres ont passé leur temps à sa recherche. Avec un indéniable talent. Moi, le seul que j’ai c’est de ne pas savoir l’utiliser à bon escient. Alors qu’avec l’âge, j’aurais dû apprendre à le faire comme il faut. Mais je crois que je suis toujours en train (oui, oui, si les cheminots acceptent de reprendre le travail) de courir après plusieurs lièvres alors qu’il me suffirait de m’asseoir cinq minutes, de temps en temps et prendre ce qui vient. À tenter d’attraper le carpe diem avec un filet à papa, avec un filet à papi, un filet à papillons. Car le temps est comme les paroles, il ne sait faire que s’envoler.

Du coup, je vais en revenir à mon idée première, celle de ce matin, quand je me suis ennuyé quelques minutes et je vais vraiment abattre le premier temps qui passe. Lui tirer dans le dos. Lui planter un couteau dans le cœur. Lui arracher la tête. Et le pendre. Et le noyer. Et si quelqu’un vient se plaindre, je dirai que je ne l’ai pas fait exprès. Je ne l’avais pas vu passer, le temps. Et ensuite, je mettrai le feu à son cadavre. Et celui-là, il disparaître dans sa nuit. Et moi, je me serai (peut-être) libéré d’un fardeau. Mais ça, ça reste encore à prouver. Rien n’est moins sûr, pour l’instant.