Si je comprends bien, Stéphane, vous en êtes à une étape cruciale de votre vie. Oui, docteur, j’envisage de quitter mon travail à la fin de l’année, enfin, pas tout à fait, plutôt au tout début de l’année prochaine. Après, pour l’instant, ce n’est qu’un projet, rien n’est encore annoncé et donc, forcément, négocié. Je vais attendre encore deux ou trois mois pour en parler mais de toute façon, je ne pourrai plus continuer comme ça, ces horaires nocturnes ne me conviennent plus. Ce n’est plus de mon âge. Je préfère laisser ma place à plus jeune que moi. Combien je suis d’accord avec vous et je ne comprends même pas que vous ayez attendu aussi longtemps pour prendre une telle décision. Parce que je ne pouvais pas non plus faire n’importe quoi avant une certaine date. Vous avez vos raisons, c’est bien. Et qu’attendez-vous donc de moi ? J’aimerais aborder ces derniers mois le plus sereinement possible. Avec le moins de stress possible. Aussi, j’ai pensé que nous pourrions reprendre des séances d’hypnose, non ? Eh bien, commençons tout de suite, si vous le voulez bien.

Vous vous relâchez, vous vous laissez aller, vous vous sentez bien. Bof, je me sens bien, moi ? S’il le dit, c’est que ça doit être vrai mais je ne sais pas encore où. Ni quand. Vous planez dans un état de conscience modifiée. Vous n’êtes pas endormi mais vous n’êtes pas éveillé non plus. Non, c’est juste votre inconscient et votre subconscient qui ont pris le relais. Pour vous aider à avancer. 18. Ce matin, le premier bol, ça faisait 18. Il ne faut pas que j’oublie, 18 gorgées. Vous êtes dans un endroit que vous aimez bien. Un endroit qui serait votre refuge. Qui est votre refuge. Et là, vous avez tous les droits. D’ouvrir toutes les portes. Et dans le deuxième, 5. Seulement 5 gorgées. Vous continuez d’être dans cet état, cette espèce de somnolence sans être dans un vrai sommeil ni dans la réalité, ni dans une réalité. C’est vrai que je me sens bien, là, finalement, ça a du bon de se laisser guider pour oublier le quotidien. Je resterais bien des heures ici, moi. Voire des jours et pourquoi pas des semaines. Une espèce d’hibernation et d’hypnose réunies. Et maintenant, vous allez vous réveiller tout doucement, en continuant de vous laisser guider par ma voix. Sans rien brusquer.

Merci docteur, je me sens bien, là. C’était l’objectif, si je puis me permettre de parler ainsi. Vous n’êtes pas obligé de parler tout de suite. Prenez votre temps pour revenir à la réalité. Il sera toujours assez tôt pour l’affronter. Merci, docteur… Comment vous sentez-vous, maintenant ? Bien, merci. Je peux vous poser une question ? Je vous en prie, docteur. Dites-moi, pendant la séance, tout à l’heure, vous avez parlé de gorgées, de bol. Je ne voudrais pas être indiscret mais si vous pensez que ça peut vous aider, vous voulez qu’on aborde ça ? Volontiers, je n’ai rien à cacher, docteur. En fait, comme j’envisage donc de partir de mon travail, dans quelques mois, j’ai choisi de me donner des balises en comptant le nombre de filtres à café que je vais utiliser jusqu’à la date butoir théorique du 2 janvier 2019. Et j’ai aussi calculé le nombre de tasses et de litres que ça représentait. Et là, probablement que j’ai dû vouloir convertir ça en gorgées mais je n’ai pas encore le résultat. Vous ne pensez pas que vous vous encombrez bien trop l’esprit, avec tout ça ?