Il y a 80 filtres à café par boîte, quand j’en achète, ce qui fut le cas, avant-hier. Comme j’avais une boîte d’avance et compte tenu que j’en ai utilisé 2 en 2 jours, il m’en reste 158 dans le petit placard où je les range. Et 158 filtres à café, si je ne repars pas en vacances d’ici la fin de l’année, à raison d’un par jour, ça me mène au 31 octobre. Donc, comme c’est de toute façon un peu trop tôt pour envisager de partir définitivement de l’entreprise, je serai forcément obligé d’en racheter pour tenir jusqu’au 2 janvier 2019. Oui, parce que je vais être sympa, j’assurerai les fêtes de fin d’année, comme une espèce d’apothéose avant de tirer ma révérence. Bon, je ne suis pas tout à fait sûr de mes chiffres car pour l’instant rien n’est encore annoncé et donc, encore moins négocié mais c’est la date que j’ai dans la tête.

Dans cette optique-là, ça veut donc dire que je serai obligé de racheter une autre boîte de 80 filtres à café avant de partir. Car pour atteindre le 2 janvier prochain, il m’en manque 63, des filtres. Tout ça pour dire que si je ne me trompe pas dans mes calculs, il me reste 221 fois du café du matin à faire avant de quitter cette bande de collègues et patron réunis. De quitter ces complices dont je n’ai plus envie de faire partie. Parce que j’aimerais me racheter une conduite à un an de mon premier statut de sexagénaire, jeune mais sexagénaire malgré tout. Je sais bien que dans chaque mec de presque 59 ans, il y a un sexagénaire qui sommeille et qui ne demande qu’à sortir de sa longue hibernation. Et pour moi, je crois que ce temps-là est arrivé. Et avec lui, mon envie de prendre un peu le large. De prendre un peu mes distances.

Il me reste donc 221 fois faire du café avant de changer de vie. Avant de m’orienter vers de nouvelles activités, sans aucun rapport avec ce que je fais depuis si longtemps, maintenant. Des choses qui me plairont sans doute tellement mieux. Auxquelles je vais penser de plus en plus sérieusement. Afin d’être certain de mes choix. Et, c’est sans doute ce qui va me faire tenir. Plus que 221 fois faire du café avant de peut-être arrêter de travailler là. Plus que 221 fois dormir. Plus que 221 dodos. Je me demande si je ne vais pas commencer à faire des petits bâtons sur un mur et rayer tous les paquets de 5 jusqu’à ce que j’arrive à cet objectif. Quoiqu’il en soit, je vais devoir apprendre la patience. Car ça, c’est une chose que je maîtrise très, très mal. Pour ne pas dire pas du tout. Et d’ailleurs, ce serait bien que je sois capable de savoir attendre tranquillement que ce que j’espère arrive.