C’est un peu ça, le problème. Non, pardon, c’est un peu ça, mon problème. Dans ma vie, je n’ai fait que ça. Aimer et m’enfuir vite. Ou peu s’en faut. Car, si je suis capable d’aimer à la puissance 100 voire 1000, je ne sais pas cultiver ça au point d’en vivre longtemps. Hormis deux ou trois exceptions, évidentes. Mais pour le reste, pour le quotidien, dès que je tombe dans un cycle routinier, j’ai envie d’autre chose. Je ne suis jamais content de ce que j’ai ou de ce que je fais. Et pourtant, le confort apparent du train-train qui ne sort jamais de ses rails, c’est plutôt rassurant. Pour quelqu’un comme moi. Alors, n’étant pas misonéiste, je ne suis pas non plus un aventurier. Un aventureux ? Oui, là, je suis d’accord. Et ça me fait penser au deuxième couplet d’Adios Amor, chanson de Sheila de 1967 :

« Je ne suis pas aventureuse et ne pourrai jamais être heureuse avec l’idée que par ma faute, j’aurai fait le malheur d’une autre… » Roulement de tambour, chœur masculin et refrain.

Eh bien moi, je n’aurais pas pu chanter ça avec mes tripes. Car, comme je le disais plus haut, si je n’aime pas toujours le ronron quotidien, je suis aventureux et quelque part, faire le malheur d’un(e) autre ? Peu me chaut. Je n’y pense jamais. Ça n’est pas mon problème. Est-ce que je me trompe ? Le malheur éventuel, hypothétique des autres, ça dépend de qui on parle, malgré tout. Je ne suis pas qu’insensible. J’ai fait mes choix. Intuitivement. Animalement, même. Ma foi, je fais avec comme ça depuis si longtemps que même ça, c’est devenu une routine. Se plaire, aimer et s’enfuir vite. Les jambes à son cou. Malgré mes attachements fréquents. Mes affinités sélectives. J’ai envie, je prends, éventuellement, je me ressers et ensuite, non merci, sans façon, je ne voudrais surtout pas abuser.

« Je préfère abandonner tous les rêves que nous avions faits, je sais bien que j’ai raison malgré toute la peine que j’ai… » Nouveaux roulement de tambour, chœur masculin et refrain.

Ça peut me rendre triste, parfois, d’être ainsi. Celui que je suis peut me surprendre de tant de désinvolture apparente. Mais je ne fais rien sans raison. C’est que je sais ce que je peux donner, j’ai mes limites. Alors, pour ne pas prendre de risque de prendre racine, je préfère ne pas revenir dans certains jardins secrets. Je suis comme Yves Navarre (écrivain français, 1940-1994) : je vis où je m’attache et je m’attache souvent à ce que je vis. Je fais autant de victimes que moi-même j’en suis une. La part la plus intrinsèque de moi. Et si j’ai des regrets évidents, je sais que c’est ainsi que je devais vivre, ça peut me rendre un peu triste mais pas tant que ça. Je fais avec. Je fais sans. J’aime quand ça me plaît. J’aime quand il s’agit d’aimer. Mais je préfère m’enfuir vite. Le plus loin possible.