Pour pouvoir partir en vacances quelques jours, il a fallu trouver quelqu’un pour accompagner Claude tous les jours et toutes les nuits. Malheureusement, il ne peut plus rester seul à cause de ses difficultés pour marcher. Et quand on est obligé de se servir d’une voiture de fonction pour se déplacer (déambulateur et/ou fauteuil roulant) et que sa chambre est en étage, mieux vaut avoir quelqu’un qui vient au cas où. Et là, nous avions trouvé la solution de faire venir son plus jeune frère, jeune sexagénaire frais émoulu. Non, plus très frais et, finalement, pas très lu, car surtout très mou. Ce n’est pas de sa faute, c’est un mou de nature. Plus mou que lui, tu meurs. Mais tu meurs lentement, bien sûr. Très lentement, même…

Lui ? Il est du genre à te dire : j’ai mal à l’oreille mais je ne sais pas laquelle. Bon d’accord, ça, je viens de l’inventer mais pendant que nous étions à San Sebastian, nous l’avons eu au téléphone plusieurs fois (surtout le patron, d’ailleurs – et même que le patron que c’est son Claude, pas le mien) et je vous jure que la suite est vraie. Il dormait dans la chambre du second, là où il y a deux lits jumeaux. Et comme il est habitué à dormir la tête un peu surélevée, là, ça n’a pas été terrible, la première nuit car il était trop bas. Il n’a pas eu l’idée de prendre l’oreiller du deuxième lit pour l’ajouter au sien. Et le lendemain matin, pour le courrier, il s’est inquiété de savoir comment il allait faire pour ouvrir la boîte aux lettres. Tourner la clé, oui, mais dans quel sens ?

Toujours à propos des nuits. Il avait trop chaud mais il n’a pas osé retirer le couvre-lit et c’est le patron qui lui a conseillé de le faire, le lendemain matin, toujours par téléphone. Après, il a fallu appeler la pharmacie pour avoir une info mais il n’a pas su en trouver le numéro, nous avons dû le faire à distance. Bien sûr, il devait être un peu tétanisé de tant de responsabilités d’un coup et il devait avoir peur de mal faire. Mais quand même, à son âge… Quand on pense qu’il a une femme et deux enfants. Heureusement qu’ils sont majeurs, ces deux-là. Et qu’ils ont un boulot. Il n’empêche que même si je me moque un peu de lui, il me fait un peu pitié, ce mec.