Finalement, ça ne doit pas être si facile que ça, d’être un lapin. Si on y regarde de plus près voire de très près, c’est un animal qui n’est pas spécialement protégé contre ses prédateurs. C’est vrai, prenez le fait qu’il ait surtout deux ou trois dents bien acérées mais qui ne lui permettent pas de mordre réellement son adversaire au point de le tuer. Prenez aussi le fait qu’il a des griffes mais pas au point de blesser mortellement ses assaillants. Et puis, il a beau avoir deux grandes oreilles et une petite queue en boule, on ne peut pas dire que ce soit très utile pour se défendre. C’est peut-être très joli mais c’est tout. Très joli, oui, si on veut, en même temps, chacun a sa propre vision de ce qui est beau. Personnellement, je trouve moins disgracieux d’avoir des petites oreilles et une grande queue mais on ne va pas polémiquer là-dessus. Sinon, on va encore penser que je me vante. Ou que je ne fais que dans la gaudriole.

Pour résumer, donc, le lapin est un animal fragile et, de tous les animaux, c’est une des proies les plus faciles pour ses prédateurs, homme compris. En plus, il n’est qu’herbivore et donc, les autres doivent le savoir qu’ils ne craignent pas d’être bouffés par lui. Comme il me semble évident que le lapin sait déjà tout ça depuis des générations et des générations, je pense que c’est pour ça qu’il est également reconnu pour être un grand baiseur devant tous les éternels. Il n’a plus que ça, tant pour sa survie : assurer la reproduction de son espèce, sa descendance. Mais aussi, et peut-être même avant tout, prendre du plaisir. Pour ce dernier point, je crois que ça dépend de leur état d’esprit. Il doit y avoir des lapins prudents qui forniquent surtout pour avoir des successeurs au cas où, un peu comme de l’épargne. Et d’autres, nettement plus insouciants, qui ne pensent qu’à ça. Et à rien de plus.  

Au vu de tous ces éléments, moi, si je devais être réincarné en lapin, dans laquelle de ces deux catégories aimerais-je me trouver ? Euh, attendez une seconde que je réfléchisse… C’est-à-dire que si j’avais conscience que j’étais une proie facile et à la condition que je sois un lapin hétéro, je pense que je serais quelqu’un de raisonnable et que je ne baiserais que pour la reproduction, ni plus, ni moins. Je ferais donc partie des catholiques de droite légèrement extrémistes comme on en connaît chez nous. En revanche, si j’étais un lapin homo, je pense que je ne baiserais que pour baiser. Juste pour prendre mon pied. Et peu importe avec qui. Je changerais de partenaire toutes les trois minutes. Et peut-être même que j’aurais un bien meilleur sommeil. Peuplé de rêves érotiques. Pour ne pas dire pornographiques. Quelque part, il me semble que la deuxième solution m’offrirait une vie un peu plus belle.