Je sais parfaitement tenir ma langue. Quand on me confie un secret, je sais très, très bien le garder et n’en parler à personne. Surtout si, justement, on me demande de ne pas en reparler. À qui que ce soit. Et à personne non plus. Et justement, ce matin, au travail, Virginie est venue me dire quelque chose, discrètement, en mettant un doigt sur ses lèvres, avant de commencer à me dire. J’ai bien compris que j’allais certainement être estomaqué. Ne pas en revenir. Parce que son air de comploter m’a mis tous les sens en éveil. Et même mes neurones. D’ailleurs, cette situation, quand quelqu’un vient vous apprendre quelque chose qui semble étonnant et même encore plus que ça, c’est un moment particulièrement plaisant. Comme si on allait être intronisé dans une confrérie a priori inaccessible. Et on peut toujours croire qu’on sera le seul dans la confidence… L’unique détenteur d’un trésor.

Pour bien l’écouter, j’ai arrêté de faire ce que j’étais en train de faire. En temps normal, si elle vient me parler de ses enfants ou de ses projets d’agrandissement de maison (les deux sujets qu’elle ne sait pas du tout éviter depuis quelques temps), je continue ma saisie ou mes contrôles tout en l’écoutant. Mais là, j’ai bien senti qu’on allait toucher quelque chose d’important comme jamais. Peut-être un truc qui va changer notre vie. Un truc en rapport avec le boulot ? À part ça, je ne vois pas ce qui pourrait la mettre dans cet état-là. Tout en écoutant les préliminaires de son secret (les sempiternels : je vais te dire quelque chose mais tu ne le répètes pas, hein ? Et surtout, je ne t’ai rien dit. Tu es le seul à qui je vais le dire, alors, comme je te fais confiance, ne joue pas au con, hein, s’il te plaît, sinon, on saura que ça vient de moi…), je commençais à imaginer ce dont il allait peut-être être question.

Le patron est viré ? Il a donné sa démission ? La boîte va fermer dans deux mois ? On va toucher une grosse prime ? J’ai essayé de tâter le terrain mais elle n’a pas voulu répondre à mes questions. Elle m’a demandé de ne pas m’impatienter car elle allait tout me dire. Mais seulement après que je lui ai fait toutes les promesses de silence qu’elle exigeait de moi. J’ai juré, craché et rien essuyé. Et là, elle s’est approchée de moi, en continuant de me mettre en haleine. « Tu vas voir, c’est énorme. Non, c’est énormissime ! C’est gavé énormissime, personne n’aurait pu imaginer ça…» Quand même, là, j’ai vraiment eu envie de savoir. Elle est venue me confier la chose au creux de mon oreille, à voix basse et là, je n’en suis pas revenu. C’est vrai qu’elle m’a stupéfait. « Non, tu es sûre ? » Lui ai-je demandé ? « Si je te le dis ! » Je vous jure que je m’attendais à tout sauf à ça. Maintenant, reste à savoir si c’est avéré ou pas.