Son bonhomm' de mari avait tant fait d'affair's
Tant vendu ce soir-là de petits bouts de fer
Qu'il était dev'nu millionnaire
Et l'avait emmenée vers des cieux toujours bleus
Des pays imbécil's où jamais il ne pleut
Où l'on ne sait rien du tonnerre…

Ah ça, on peut dire qu’on vit dans un pays drôlement intelligent, en France. C’est vrai qu’on mériterait le prix Nobel du pays le plus intelligent, depuis quelques mois. Parce que là, question pluviosité, on a eu notre compte. Et même encore plus que ça vu que nous frisons l’overdose. La semaine dernière, j’ai pu faire quelques siestes sur la terrasse mais là, c’est devenu carrément impossible. De l’ordre de Koh-Lanta (pardon pour l’orthographe, je n’ai jamais écrit ce nom de toute ma vie. Tout comme je n’ai jamais regardé ce jeu à la télévision. Et s’il n’y avait que lui…) Mais pardon pour cet égarement indépendant de ma volonté.

Depuis que j’ai entendu cette chanson de Brassens pour la première fois, j’ai été happé par cette phrase, par ce vers : « des pays imbéciles où jamais il ne pleut… » On dira ce qu’on voudra mais Brassens, en termes d’écriture, c’est bien. Pour ne pas dire parfait. Une espèce de classicisme étonnant pour un mec à moustache (je plaisante !...) Un classicisme étonnant mâtiné de grivoiserie. Tout pour me plaire. Des allusions et des mots carrément crus. Et donc, pour en revenir à ces pays imbéciles où il ne pleut pas, je trouve que c’est une phrase extraordinaire. Qui me laisse rêveur. Qui m’ouvre encore et toujours mille horizons poétiques.

Ici, à Bordeaux, en Gironde, en Nouvelle Aquitaine, en France et en Europe. Sur la planète terre, dans le système solaire aussi. Ici, nous sommes une ville, un pays, un continent où on a l’impression qu’il ne fait que pleuvoir. Un pays incontinent, en quelque sorte. Et nous subissons toute cette humidité cruelle sans pouvoir rien y faire. Pourquoi parler de cruauté ? Parce que c’est terriblement cruel de nous donner trois jours de grand beau temps pour nous arroser aussitôt après. Quand je pense que nous sommes au mois de Mai. Un mois pendant lequel, on ne devrait faire que ce qui nous plaît. Comme ressortir les bermudas et les sandales.

Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps
Le beau temps me dégoute et m'fait grincer les dents
Le bel azur me met en rage
Car le plus grand amour qui m'fut donné sur terr'
Je l'dois au mauvais temps, je l'dois à Jupiter
Il me tomba d'un ciel d'orage…