Ça m’a un peu surpris, tout à l’heure. Je suis rentré du travail, vers 11h30 et je suis allé me raser directement avant de prendre une bonne douche de derrière les fagots (c’est une image) car à 16h, j’ai rendez-vous chez mon généraliste pour un rappel décennal du vaccin DTP et bon, même s’il ne s’agit que d’une consultation qui ne devrait pas s’éterniser, on ne sait jamais, mieux vaut être irréprochable quand on va chez son toubib et le fait de bien le connaître (et réciproquement) ne change rien à l’affaire, on se doit d’être nickel. Imaginez un peu si je dois me déshabiller plus que pour la piqûre dans le haut du dos et que je sois limite négligé ? Non, vraiment, ça serait la honte de ma vie. Alors, j’ai fait fissa et là, après le déjeuner, il ne me reste plus que les dents à laver. Et à m’habiller en conséquence. Avec un slip propre, cela va sans dire.

Donc, je rentrais du travail, le président n’était pas là et j’ai été un peu surpris car après m’être rasé de près, je suis venu allumer mon ordinateur portable et là, mon inconscient a repéré quelque chose sans que je sache définir précisément quoi. Alors, j’ai fait comme si j’allais repartir vers la salle d’eau, à l’autre bout du couloir et je suis très vite revenu sur mes pas et je n’ai rien vu. J’ai recommencé la même opération et là, ça m’a sauté aux yeux. Une trace rouge, comme une goutte écrasée, sur le carrelage. Et pas une seule trace. Non, à environ un mètre dans le couloir, une autre trace de sang écrasé. Et encore un mètre plus loin, la même chose. Trois traces rouges au sol. Et si le président n’était pas absent mais blessé voire pire dans son bureau ou dans la chambre ? Je n’y étais pas du tout entré depuis mon retour persuadé qu’il n’était pas là.

Non. Pas de président en vue. Mais, plus inquiétant, d’autres traces rouges qui m’ont mené jusqu’à son bureau, la pièce la plus éloignée de l’appartement. Et toujours à peu près à la même distance les unes des autres. De quoi s’inquiéter. Car même son absence n’était pas rassurante. Si un assassin était venu lui faire la peau avant de faire disparaître son corps ? Oui, mais pour quel motif ? Je sais bien qu’il y a plein de gens à qui il n’a pas toujours parlé gentiment mais quand même… Non, je me suis vraiment posé plein de questions. Jusqu’à ce que j’entende une clé dans la serrure. Le meurtrier revient, ai-je d’abord pensé. Mais j’en entendu la voix du président. Il était allé au pressing. Ouf. S’il y a un mort, ce n’est pas lui. Je lui montre les traces et il m’explique tout : j’ai dû marcher sur un pétale de bégonia, ce matin et il s’est collé à mon chausson et j’en ai mis partout.