Une heure avant.

Stéphane ? Oui ! Il y a deux policiers pour toi. Ah bon ? On a encore un problème avec les douanes  ou la répression des fraudes ? Non, ils disent qu’ils veulent te voir toi, ça n’a aucun rapport avec le travail. Ah bon. J’espère qu’il n’y a rien de grave. Je viens. J’arrive.

Bonjour messieurs. Bonjour, vous êtes Stéphane ? Oui. Veuillez nous suivre, s’il vous plaît ? On va où ? Veuillez nous suivre, s’il vous plaît. Prenez vos papiers, vous en aurez besoin. Ah bon ? Je vais les prendre. On vous suit. Si vous voulez. Mais j’allais revenir, ne soyez pas inquiet.

Une heure après.

Mais puisque je vous dis que je n’ai fait que demander à ce que je puisse travailler avec des outils qui fonctionnent et des conditions normales. Rien de plus. Vous ne reconnaissez pas avoir écrit R.A.B. dans votre mail à votre supérieur hiérarchique ?

Mais bien sûr que si, que je reconnais avoir écrit ça. J’étais en colère de voir que depuis vendredi, personne n’a rien fait pour venir réparer mon PC et que je galère comme jamais pour faire ce qu’on me demande de faire. Alors, y a un moment, hein ?...

Y a un moment où quoi ? Eh bien, y a un moment où ça explose. Quand on fait un mail le vendredi, qu’on n’a pas de réponse. Qu’on doit recommencer le samedi. Qu’on n’a toujours pas de réaction. Quand le lundi, alors que je ne travaille pas le lundi…

Oui ? Quand le lundi, quand j’envoie un message pour savoir si ça fonctionne et qu’on me répond : R.A.S., moi, je pense que ça fonctionne. Que je peux embaucher en plein nuit l’esprit tranquille. Rien à signaler, c’est bien rien à signaler, non ?

Deux heures après.

Vous avec quand même manqué de respect envers votre responsable direct. Parce que je lui ai dit qu’il s’était trompé, qu’au lieu de m’écrire R.A.S., il avait voulu écrire R.A.B. ? Rien à branler ? Ah bon, parce que c’est rien à branler, que vous vouliez lui dire ?

Ben oui… Il pense que c’était rien à battre ! Ah tiens, je n’y avais pas pensé, à rien à battre. Rien à branler, me semblait plus approprié. C’est bien ce qu’on vous reproche. Vous avez manqué de respect à un représentant de l’autorité.

Trois heures après.

Monsieur Stéphane, que les choses soient bien claires entre nous. Ce que vous avez écrit, ce que vous avez fait, vous n’auriez pas dû le faire. Nous vous mettons en examen pour outrage à supérieur hiérarchique. Et nous vous gardons à vue pour 48 heures.

Quarante-huitième heure trente.

Voilà, vous êtes en liberté surveillée jusqu’à votre procès. Vous n’avez pas le droit de quitter le territoire. Vous devez êtes disponible pour votre employeur, jour et nuit. En espérant que ça vous serve de leçon. C’est entendu, mon petit monsieur ?

C’est entendu, messieurs les représentants des forces de l’ordre. Mais je voudrais juste dire que me laisser travailler dans ces conditions, c’est encore plus irrespectueux que R.A.B. Vous verrez ça avec votre avocat, ce n’est pas le propos, ici.