Il fait grand ciel bleu et, par conséquent, grand soleil. On ne peut pas dire que le fond de l’air n’est pas encore un peu frais mais on se dit qu’on est sur la bonne voie. Ou alors, ce serait cruel de nous faire croire que… Mais non, je veux adhérer à cet espoir de printemps enfin revenu, comme bientôt, le temps du muguet. Les tulipes de la fin de l’hiver ont les pétales qui se sont fait la malle et bientôt, il sera largement temps de changer de fleurs comme on passe des vêtements d’hiver aux vêtements d’été. Il sera temps de labourer les jardinières et d’y déposer des nouvelles plantations qui pourraient nous tenir compagnie jusqu’à l’automne, si nous savons bien y faire. Là encore, j’ai envie d’y croire car c’est un des buts des beaux jours : de la couleur. Sinon, je préfère les jours écourtés par des nuits qui tombent trop vite de leur piédestal.

Il faut grand ciel bleu et, par voie de fait, grand soleil. Et pourtant, et pourtant, et pourtant… Ce matin, j’ai eu comme une envie de pluie pour tenter de noyer ma lassitude sous d’autres eaux que celles, éventuelles, de mes larmes. Mais je n’ai même pas eu le courage de pleurer, pas même dans mon coin, non, je suis resté dignement présent, efficace voire redoutable. Il fallait que le boulot se fasse et il a été fait. Bon gré, mal gré. En revenant de mon week-end, j’étais loin d’un retour aux sources, j’étais là, d’abord presque comme par hasard ou par erreur. Désolé, je me suis trompé de porte. Et de rue. Et de ville et d’univers. Pardon, je referme en partant et encore désolé pour le dérangement. Mais non, putain, je me suis pincé et j’étais bel et bien là. Et ça m’a fait mal. Pas longtemps, mais ça m’a fait mal, ça aussi. Oui, ça aussi.

Il fait grand ciel bleu et, de fil en aiguille et de cause à effet, grand soleil. Il n’est d’ailleurs pire soleil que celui qui brille trop fort quand on se sent soi-même maussade. Car alors, ce soleil est un soleil perdu. Un soleil gaspillé. Un astre dont on ne profite pas. Une joie qui n’a pas d’existence. Mais, quelque part, malgré tout, même dans les heures les plus sombres d’une journée pourtant très, trop lumineuse (qui frise l’indécence), il y a toujours l’espoir, l’infime espoir que tout va redevenir clair, rassurant et beau. Qu’un bonheur, passant dans les parages, fera un clin d’œil à qui en aura le plus besoin et alors, ce seront des guirlandes de joie et d’énergie retrouvés. C’est ça dont j’avais besoin ce matin mais j’avais surtout comme une envie de pluie. Tout est resté sec. Ce n’est peut-être pas plus mal comme ça. Qui sait ? Qui oserait prétendre le savoir ?