C’est exactement ce que je me suis demandé, à 3h15, cette nuit, alors que je venais de quitter mon bureau douillet pour aller passer deux heures dans le bungalow de facturation de nuit. Une espèce de permanence en l’absence du responsable qui devait partir faire une livraison parce qu’un de nos chauffeurs n’était pas là. Et moi, j’y suis allé à contrecœur. Parce que, travailler de nuit, en dépannage, passe encore (quoique, quoique…) mais si c’est à mon bureau, pas au milieu de la plate-forme réfrigérée avec tout le monde qui va et vient, avec plein d’infos qui circulent dans tous les sens et tout le bazar. Et le froid. Car pour leur faire fermer la porte, c’est comme pour leur gueule. Ça relève de l’impossible. Ou presque.

Ça manque de femmes, ici, a crié un client en passant la tête. J’ai répondu que peut-être, oui mais à la place, ça ne manquait pas de vieux. Je me suis abstenu de lui dire que ça ne manquait pas de connerie mais je ne suis pas légitime pour balancer un porc. Et en plus, je ne suis pas tout à fait pour. Je préfère les méthodes plus expéditives. Mais, contre mauvaise fortune, bon cœur, j’ai continué de tenter de travailler. Ce n’est pas gagné dans le bungalow. Mais j’ai essayé. Sauf que soudainement, j’ai entendu un autre client entrer et se plaindre qu’un manutentionnaire lui avait mal parlé. Et Kiki, l’armoire à glace de l’entreprise s’en est mêlé et le ton est monté et ils en sont venus aux mains. Je me suis retenu d’y aller car ça n’aurait rien arrangé.

Parce que si on ne me retient pas, moi, je fonce toujours dans la première bagarre venue. Non, ce n’est pas vrai. J’attends toujours la deuxième avant de bouger un petit doigt. Ou alors, je fonce, mais à l’opposé de là où ça cogne. Je dois être un couard. Je le reconnais. Enfin bref, ils ont fini par sortir et une demi-heure après, ils sont partis boire un café ensemble. Mais moi, je suis une véritable éponge. Dans ces cas-là, j’absorbe toutes les ondes négatives. C’est nul mais qu’y puis-je ? Ensuite, tout en faisant ma saisie, je me suis demandé si c’était l’absence d’Aurélie qui les rendait agressifs. Peut-être que l’autre client, là, quand il a dit que ça manquait de femme, là, peut-être qu’il n’était pas loin de la vérité. Tout compte fait.