Je ne sais pas pourquoi mais mon petit doigt me dit que je suis probablement le seul responsable de ce qui m’arrive. J’ai comme la vague impression que c’est un peu de ma faute. Un peu. Beaucoup. Passionnément. Et je n’ai plus qu’à m’en mordre les autres. Les autres doigts. Car je vais garder le petit, ça peut toujours servir. C’est mon oreille de Moscou. Sans lui, je perds 50% de mes sources d’information. Et comme il est plein d’arthrose et que je ne peux plus m’en servir pour mettre dans ma narine et mon oreille gauches, au moins, comme indic, il est plutôt utile. Sinon, je pense que je m’en serais débarrassé. Comme tout ce qui me dérange.

Et justement, Aurélie, la facturière de nuit, elle me dérangeait. Outre le fait qu’elle n’était pas très belle (même si on s’en fout un peu, beaucoup, passionnément), même si elle était passablement vulgaire (j’avoue que j’ai du mal), même si elle était lunatique (là aussi, j’ai beaucoup de mal avec les cyclothymiques), même si elle n’était pas le parangon de la fiabilité (tant au niveau boulot qu’au niveau présence) et même si elle n’avait pas franchement l’esprit d’entreprise (en même temps, ce n’est pas moi le patron, alors, je devrais m’en foutre), outre tout ça, tout le reste me dérangeait. Que lui restait-il, alors, à cette pauvre fille ? La peau et les os ?

Justement. Il ne lui reste plus que la peau et les os. Et là, au moins, elle pourrait dire qu’elle a vraiment maigri. Mais elle aurait du mal à sortir un mot. Depuis que je l’ai tuée et coupée en morceaux avant de la décharner pour ne garder que la peau et les os. J’ai réussi à me débarrasser du reste mais là, maintenant que je suis devant ce tas, je suis en train de réaliser que le plus dur n’est peut-être pas derrière moi. Que vais-je faire de ce qu’il en reste ? Je ne suis pas du genre à conserver les trophées de mes victimes. Et en plus, comme elle n’y est plus, c’est moi qui vais devoir faire les nuits à sa place. Au moins cette semaine. J’aurais dû y penser avant.