Le printemps a ses paradoxes. C’est sans doute le jour le plus beau depuis le début de l’année qu’on apprend la mort d’un poète. Il faudra bien qu’on fasse avec. Pour beaucoup de gens, il était méconnu mais moi, je le suivais, de plus ou moins près, de plus ou moins loin et j’ai toujours gardé une tendresse, un intérêt pour lui. Jacques Higelin, je l’ai connu quand j’étais ado, dans la période où je me suis émancipé, que je fréquentais des gens qui avaient des goûts différents des miens, plus rebelles et donc moins conformistes et l’enfant sage que j’avais toujours été, alors, s’est tourné vers des artistes plus exigeants. Et lui, Jacques, il en faisait partie.

J’ai été longtemps assez hermétique au rock et pourtant, à cette époque-là, je m’y suis ouvert ainsi qu’à la pop music, aux indépendants, aux anglo-américains en général : David Bowie, Bob Dylan… Et le premier disque que j’ai acheté d’Higelin (je n’en ai pas acheté beaucoup mais je les ai tous numérisés grâce aux emprunts à la bibliothèque), c’était le triple album à Mogador, au début des années 80 et je me demande comment je ne l’ai pas usé tant je l’ai écouté. Ensuite, ça a été, avec quelques années de retard, Champagne pour tout le monde et Caviar pour les autres. La nuit promettait d’être belle car voici qu’au fond du ciel apparaissait la lune rousse…

Jacques H et Arthur H

 

 

 

 

J’ai une pensée particulière pour son fils, Arthur H, dont la voix me trouble. Quand je l’écoute, je vibre. Son père ? Ce n’est pas la voix que j’ai le plus aimé. Ce sont les mots, les ambiances, les musiques. La folie. Higelin a repris Trenet et c’était tout à fait légitime. Deux fous chantants. Et l’un peut-être encore plus que l’autre car franchement, pour tomber du ciel au moment d’y monter, il faut le faire. Ça a dû faire beaucoup rire les squelettes dans les cimetières. Les squelettes, les fantômes et les pages pervers. Mais moi, beaucoup moins. Pour ne pas dire pas du tout. Cela dit, Jacques, tu es parti, tant pis, mais je propose qu’on trinque quand même. Champagne !