Forcément, quand on a mangé des huîtres, on a des coquilles vides et je ne pense pas que ça se recycle aussi facilement que ça ou alors, je suis ignare en la matière. De toute façon, dans la résidence et même dans le quartier, il n’y a pas de conteneurs à coquilles d’huîtres. Cela dit, elles étaient particulièrement bonnes. Savoureuses, même. Et bien meilleures que celles de la veille, à la fête de famille. Où là, elles étaient fades. Probablement trop gorgées d’eau de ces dernières pluies diluviennes. Trop d’eau douce tuent la saveur des huîtres, il faut que ça se sache. En tout cas, moi, depuis hier midi, j’ai un petit sac en plastique que je vais bien devoir me résoudre à aller jeter dans les poubelles noires.

Je vais leur dire adieu après les avoir remerciées de m’avoir bien régalé. Quasiment nature, juste quelques grains de poivre au moulin mais sans citron. Pas eu besoin. Des huîtres de Pâques. Voilà un concept que je pourrais déposer dans le but de le développer et me faire des coquilles en or. Vous avez eu, j’ai ajouté un Q à couilles et ça fait tout de suite moins vulgaire. C’est vrai, ça. Imaginez les jeunes filles, dans le tram ou dans la rue, qui crient « ça me casse les coquilles ! » Je pense que je me retournerais moins souvent d’un air dubitatif, si c’était comme ça. Mais bon, on peut rêver. Même si c’est peine perdue. De toute façon, à Pâques, ce sont les œufs, pas les vœux. Alors, tant pis pour moi. Et tant pis pour tout le monde.

Il n’empêche qu’elles sont tristes de quitter mon appartement, ces coquilles d’huîtres. Comment le sais-je ? Parce que j’ai bien vu qu’elles ont pleuré toutes les larmes de leur calcaire. Mais pas devant moi. Elles ont eu la délicatesse de ne pas me montrer leur chagrin pour ne pas me rendre triste, moi aussi. Pas quand il fait soleil. Et j’ai bien vu, là, tout à l’heure, alors que j’ai pris le sac en plastique pour le descendre dans le local poubelles, c’était tout mouillé, par terre, au pied de l’évier. Alors, qu’on ne vienne pas me dire que ce sont les huîtres elles-mêmes qui ont rendu de l’eau, il y a belle lurette qu’elles ont été mangées et digérées. Non, non, c’est vraiment un gros chagrin de quitter une si belle cuisine, appartenant à quelqu’un de si gentil que moi.