Finalement, hier, j’ai également manifesté. Là encore, il n’y avait pas de raison. Il fallait bien que je me montre pour que mes revendications soient entendues. Alors, j’ai profité du soleil et j’ai bravé le froid polaire pour marcher avec une banderole. J’ai fait comme les autres. Bon, c’est vrai que je ne suis peut-être pas le défilé qui s’est le plus vu, qui s’est le plus fait remarquer car nous n’étions pas nombreux, moi. Oui, parce que j’ai défilé tout seul. Et ma banderole, je l’ai adaptée à une seule personne sinon, je n’aurais pas pu la tenir, je n’aurais pas eu les bras assez longs. Et je ne voulais pas non plus prendre le risque de me déchirer un muscle à m’étirer inconsidérément. La seule chose, c’est que j’avais une bannière réversible, écrite des deux côtés. Ça m’a permis de changer pour quand je faisais demi-tour et que je croisais les mêmes badauds.

Sur un côté, j’avais écrit : « En grève contre les grèves ! », avec de la peinture noire sur un fond blanc. Mais pour que ça fasse plus joli (on peut être en colère et maintenir un certain niveau d’esthétisme), j’avais fait des ombres rouges à chaque lettre de mon texte. Et de l’autre côté, j’avais fait l’inverse : c’était écrit en lettres rouges avec des ombres noires. Ça avait vraiment beaucoup d’allure. J’avais certainement la banderole la plus belle de tous les défilés du pays. En même temps, comme dirait Macron, je n’ai pas croisé grand-monde vu que le trajet de mon cortège allait de la porte-fenêtre de mon séjour à la terrasse, que j’ai prise par la droite pour revenir au point de départ et recommencer le trajet inverse en prenant par la gauche pour revenir à la même porte-fenêtre, le temps de changer ma bannière de côté, de souffler un peu et parfois, de boire un coup.

Après, je suis sceptique sur le nombre officiel de participants. Je sais que j’étais le seul à défiler et même le président ne m’a pas vu puisqu’il était dans son bureau, au bout du couloir, à l’opposé de l’appartement. Il n’empêche que moi, je dis que nous étions plusieurs milliers alors que d’après la police, nous étions tout seul. Je ne sais pas comment ils s’en sont rendus compte, les flics, que j’étais tout seul car j’avais vraiment l’impression de bien brouiller les pistes avec mes allers et retours dans un sens et dans l’autre. Je vais donc maintenir ma position : nous étions plusieurs milliers quoiqu’en disent les forces de l’ordre. Et l’ampleur de mon mouvement n’est pas passé inaperçue à mes yeux (Oui, j’ai mis à « e » à inaperçu car ça s’accord avec ampleur, pas avec mouvement.) Maintenant, j’espère que tout le monde en tirera les leçons et les conséquences. Je ne compte plus pour du beurre.