C’est vraiment idiot, mais j’avais (très) bêtement renversé du vin rouge (moi qui n’en bois jamais ou si peu) sur mon slip propre, qui est plus est, blanc. Autant vous dire que ça se voyait. Je n’allais pas pouvoir rester comme ça, même sous des pantalons, moi, ça me dérangeait de le savoir. On ne sait jamais, imaginez un peu que je me retrouve aux urgences et qu’on découvre un slip qui sent le St Estèphe ! Oui, je sais, il faut déjà être connaisseur pour reconnaître une odeur de St Estèphe sur un slip qui sent avant tout la lessive. Enfin, là, en l’occurrence, c’était le cas, je ne l’avais enfilé que moins d’une heure avant l’incident. En tout cas, il ne me restait plus qu’une chose à faire, le laver à la main et frotter, frotter, frotter après l’avoir d’abord fait tremper dans une bassine d’eau pétillante. Oui, parce que l’eau pétillante, ça enlève les tâches de vin sur les nappes, alors pourquoi pas sur les slips, surtout quand ils sont blanc. Parce que les slips couleur bordeaux…

Et me voilà dans la salle d’eau, avec un tube de Génie, pour laver son linge sale, non pas en famille mais à la main, tout simplement. J’ai bien recouvert le rouge sur le blanc du slip et j’ai commencé à frotter. Et là, au bout de quelques mouvements, soudain, une espèce de fumée est apparue et une odeur d’encens a envahi la pièce. Un peu éberlué, j’ai arrêté le mouvement que j’étais en train de faire et j’ai attendu que ça se dissipe un peu. Sauf qu’en disparaissant, la fumée a laissé place à une espèce de gnome oriental, un genre de Foufi, dont je lisais les aventures de Spirou, dans les années 60. Il s’est un peu épousseté, à regarder autour de lui et m’a parlé dans une langue que je ne connaissais pas. Alors, il s’est mis à l’anglais. « Do you speak english ? » « Yes, of course, but I’m french, especially ! » «Ah, mais je peux parler français, aussi. »

«Alors voilà, je me présente, je n’ai rien à voir avec Mimi Mathy même si je trouve que c’est une très grande actrice, je ne suis pas un ange gardien, juste un génie. Je suis là pour exaucer trois vœux qui te sont chers mais à la seule condition, c’est celle de ne pas me mettre en colère. » « Trois vœux ? Et pourquoi je ne dois pas vous mettre en colère ? » « Parce que je suis un génie sans bouillir, c’est aussi simple que ça. » Je n’ai pas tout de suite compris le jeu de mots. Je ne savais pas que les génies pouvaient avoir le sens de l’humour, surtout ceux qui viennent du pays des mille et une nuits. « Alors, tu vas bien réfléchir et tu vas me confier les trois vœux que tu souhaites voir réalisés. » Trois vœux ? Seulement trois vœux ? Si je suis honnête, je suis capable d’en énumérer une bonne treizaine. Mais je ne veux pas paraître mal-élevé ni trop gourmand.

« Seulement voilà, je n’ai pas tout mon temps (comme disait Simone Signoret) et donc, je te laisse trois minutes pour me dire ce que tu as à me dire. » « En premier vœu, je voudrais… euh, je voudrais être sûr d’arriver en retraite en bonne santé parce que là, avec le rythme que je vis, je me dis que si ça se trouve… Et même mieux, en retraite dès le mois prochain, par exemple. » « Ah non, j’avais oublié de te dire que je ne peux pas réaliser des vœux syndicalistes. Tu en as perdu un, il t’en reste deux. Et surtout, ne prends pas le cinquante/cinquante, il ne t’en resterait plus qu’un. » « Ah bon, il ne m’en reste déjà plus que deux ? » « Euh, je voudrais qu’il n’y ait plus de gens mal-élevés partout. » Je crois que j’ai dit un peu n’importe quoi. Je m’en fous, à vrai dire, si je peux émettre des vœux, qu’il y ait ou qu’il n’y ait plus de gens mal-élevés. Je suis con, je trouve.

« Je ne suis pas sûr de pouvoir réaliser ce genre de vœux, je peux faire des miracles mais pas l’impossible. Je ne peux rien te promettre, mais je vais essayer. Dernier vœu ? » Déjà ? « Euh, dernier vœu ? J’ai encore un peu de temps ? » « Une minute quinze. » Ça y est, je crois que je sais ce que je vis lui demander mais je vais le faire mariner un peu. Le faire mariner, là, comme le chantait Tino Rossi. Je veux que ça ait l’air très pensé. Très réfléchi. « Alors ? Il te reste trente-quatre secondes. » « Oui, Génie, voilà mon troisième vœu et j’espère que tu vas pouvoir le réaliser : je voudrais dix vœux de plus. » Si ça se trouve, j’ai dépassé le temps qui m’était imparti. Comme la tâche de vin sur mon slip blanc. Elle est partie aussi. C’est peut-être ça, le génie de cette lessive. Ou alors, j’ai vraiment pensé trop fort que je voulais qu’elle parte, cette tâche. J’aurais dû mieux me concentrer sur les autres vœux.