On n’a pas pu récupérer Kali en temps et en heure, hier. Seul Chouka était prêt. Le toiletteur avait appelé pour dire qu’il aurait au moins trois quarts d’heure de retard pour ne pas dire quarante-cinq minutes et bon, ça n’était pas si grave que ça, avec le patron, nous en avons profité pour faire deux ou trois courses qu’on repoussait toujours. Comme ça, les stylos sont rechargés et le courrier en recommandé, posté. Après, nous avons pris le chemin de la rue Fondaudège en passant par les allées de Tourny et là, alors qu’un SDF nous insultait car nous ne lui avions rien donné, je reconnais mon ancien patron de chez Solec…tron, il y a quinze ans. Quelques petits mots échangés. Toujours aussi peu sympathique, cet homme-là. Mais bon, c’était une époque que j’ai trouvé bénie d’entre toutes, alors…

Après avoir fait du gymkhana dans la rue Fondaudège, à cause des travaux de la ligne D du tramway, nous avons enfin atteint la petite boutique du coiffeur canin. Et là, à travers la porte vitrée, nous avons vu Kali sauter de la table sur laquelle elle était en cours de tonte, tontaine, pour nous rejoindre en gémissant, faisant des bons de cabri et en tournant beaucoup sur elle-même. Le toiletteur en a profité pour lâcher un chien qui était attaché vers le fond du local. Il est venu vers nous en remuant la queue, en sautant, lui aussi, en tournant sur lui-même, lui aussi et en nous mordillant. C’est toi, Chouka ? Nous ne l’avions jamais vu sans poil. Nous l’avions toujours vu à poils. Là, il était méconnaissable. Nous ne connaissions pas ses grands yeux. Ça nous a fait un drôle d’effet. Comme si ça n’était pas lui.

Le monsieur nous a dit que nous ferions mieux de partir pour qu’il puisse terminer Kali sinon, elle n’allait pas être tenable, il nous la ramènerait quand il aurait fini, d’ici une petite heure. Et nous sommes donc revenus avec Chouka seul. C’est moi qui l’ai tenu en laisse. Je n’arrivais pas à me dire que c’était lui. Tout d’un coup, il était devenu un peu plus mâle, sans ses bouclettes. Mais il avait toujours ce petit côté efféminé. Sans doute un point intrinsèque, chez lui. Mais c’était aussi accentué par sa queue, toute rasée sauf le plumet à son bout. Un truc de follasse qui n’aurait pas dépareillé dans une Gay Pride. Je ne lui ai pas dit car je ne voulais pas le complexer. Et tout à l’heure, quand je suis arrivé chez le patron, Kali et lui, m’ont fait penser à deux petits rats avec chacun, son truc en plumes, au derrière. C’était rigolo.