Je n’ai jamais eu aucun intérêt particulier pour les vers de terre. Ça m’a même souvent plus dégoûté qu’autre chose et bon, aujourd’hui, j’aurais éventuellement tendance à les regarder avec une certaine curiosité avant de hausser les épaules et de tourner les talons, deux choses que le ver, lui, justement, ne pourra jamais effectuer. Comme quoi, j’ai au moins ça de supérieur à ce drôle d’animal qui lui, est capable de faire des trucs que moi, être humain banal et normalement constitué ne fera jamais. Comme de vivre dans le noir de la terre en permanence. Et là, soudain, je me demande, si ça a déjà existé, un ver claustrophobe. Parce que là, bonjour l’angoisse. Surtout pour lui. Parce que, en plus, il n’existe pas de thérapeutes pour ces fouisseurs.

Non, mon intérêt du jour pour ces animaux rampants et souterrains, c’est uniquement parce que je viens seulement d’apprendre qu’ils n’ont pas d’œil. Ni d’yeux. Ni maître. D’ailleurs, il n’a pas d’oreille non plus. Sourd comme un pot et aveugle comme un… Comme une… Aveugle, quoi ! Mais outre ces deux handicaps majeurs, de notre point de vue, c’est un animal extrêmement sensible. Je ne parle pas de sentiments mais d’une sensibilité corporelle, surtout sur son dos et d’une sensibilité à la lumière. C’est donc un être secret. Qui n’aime pas trop les projecteurs. Rien à voir avec Laeticia Hallyday. Mais pour en revenir à sa sensibilité, si on caresse un ver de terre dans le sens du poil, il ondule. Même si on ne le touche pas du tout, au fait.

On dit que si l’on en coupe un en deux, il continue de bouger parce que les deux parties continuent de vivre, indépendamment l’une de l’autre. C’est partiellement faux. Seul le côté où se trouve sa tête poursuivra son petit bonhomme de chemin. Mais à la seule condition : qu’on l’ait coupé en arrière de son clitellum, cette partie dans laquelle se trouvent tous ses organes vitaux. Et le plus incroyable, c’est qu’alors qu’il n’est plus qu’une moitié de ce qu’il était jusqu’à présent, un nouvel anus va lui pousser. Derrière, évidemment. Même si devant, ça aurait pu être drôle. Pas pour lui, bien sûr, mais pour nous, oui, ça aurait pu nous amuser. Voilà, c’est étonnant, tout ça, non ?