Mesdames et messieurs, la Cour. Et les membres du jury. Madame la présidente demande à ce qu’aucun remous ne soit audible pendant l’énoncé du verdict. Sinon, la salle sera évacuée.

Accusé Stéphane, nous vous rappelons que vous êtes ici pour avoir rompu de façon pas très jolie-jolie avec votre non-meilleure amie. Vous vous êtes comporté comme un porc, comme un lâche et comme quelqu’un qui n’assume rien. La plaignante, votre non-meilleure amie a beaucoup de mal à se remettre de l’affront que vous lui avez fait. De l’affront ? Que dis-je ? De l’outrage. Car c’est bien d’outrage dont il est question. Et plus grave : d’outrage à magistrat. Mais comme c’était d’un ordre privé, donc dans le non-exercice de ses fonctions, finalement, le jury n’a pas retenu de circonstances aggravantes. Sur ce point précis, vous vous en sortez bien mais s’il n’y avait eu que moi…

Mesdames et messieurs, nous vous avons demandé de ne pas réagir ni en paroles, ni en borborygmes, ni en tentatives d’applaudissement pendant l’énoncé du verdict. Sinon, la salle…

Accusé Stéphane, à la question : Stéphane a-t-il été un malotru absolu en rompant avec sa non-meilleure-amie, la réponse est « oui » à la majorité absolue moins deux voix sur 12. Donc, vous serez puni pour ce premier délit. À la question : Stéphane aurait-il pu agirfaist  autrement, voire plus tôt ? La réponse est « oui » à la majorité relative plus deux voix sur douze. Vous serez également puni pour ce deuxième délit. À la question : n’aurait-il pas été plus simple de ne pas devenir ami avec votre non-meilleure amie ? La réponse est : « peut-être bien qu’oui, peut-être bien qu’non… » à l’unanimité moins un tiers des voix. Et là, je prie les avocats de venir me rejoindre pour consultation.

Mesdames et messieurs, la séance reprend dans environ vingt secondes. Vingt, dix-neuf, dix-huit… douze, onze, dix, neuf… cinq, quatre, trois, deux, un, la séance reprend. Silence, on tourne.

Accusé Stéphane, au vu de la dernière réponse des membres du jury, nous avons été obligé de statuer nous-mêmes, nous, juge et présidente de cette cour, en accord avec la partie civile et la partie adverse. Le résultat de notre longue réflexion est le suivant : aux charges qui vont sont reprochées, le tribunal a choisi de vous relaxer totalement. Silence, s’il vous plaît. On ne siffle et on n’applaudit pas, ici. Sinon, je fais évacuer la salle. De vous relaxer totalement. Vous êtes libre et vous êtes prié de ne plus vous approcher à moins de dix mètres de la pseudo-victime. Vous pouvez repartir, vous êtes libre de vos faits et gestes. Et de vos mouvements. La séance est levée.

Mesdames, messieurs, nous vous prions de sortir de la salle dans le plus grand calme possible, sans tapage, sinon, nous faisons évacuer la… Nous faisons évacuer… Euh, nous faisons… Rien, laissez tomber !