Maître Soixante-Dix, c’est à vous.

Merci madame le juge. Mesdames, messieurs les jurés, merci de bien vouloir prendre en considération la vie exemplaire que mon client, devant vous, Stéphane G., créateur et auteur du blog C’est Écrit et même s’il dérape parfois dans des attaques contre des gens publics, il ne le fait jamais contre des gens qui ne sont pas médiatisés. Même s’il peut avoir un sens de l’humour qui en choque ou en interdit plus d’un, surtout ceux-là même qui… Non, vraiment, en aucun cas, mon client, ce petit homme aux cheveux blancs, un peu replié sur lui-même, non, vraiment, il n’a rien d’un psychopathe ni d’un tueur. La violence qu’il peut avoir en lui, il la sort à travers l’écriture. Heureusement pour lui et pour nous. Mais jamais au grand jamais vous ne le verrez avoir un geste agressif envers quiconque.

Veuillez avancer, Maître Soixante-Dix, s’il vous plaît.

Oui, madame le juge. Je disais donc que jamais au grand jamais mon client, devant vous, ne ferait de mal à une mouche. Enfin si, justement, à une mouche, à des moucherons, à des pucerons, à tous les insectes qu’il n’aime pas, c’est-à-dire presque tous hormis les araignées qu’il respecte et les libellules car il n’en croise jamais. Donc, comment voulez-vous qu’il s’attaque à plus fort que lui alors que déjà, plus petit que lui… Euh, non, c’est l’inverse. Ah non, je me suis trompé. Stéphane G, devant vous, cet homme pas très grand, aux épaules rentrées ne sait s’attaquer qu’à vraiment plus petit que lui mais pas à plus fort que lui. Fut-ce une femme. Et encore moins une vieille fille. Pourtant, je vous l’accord, il a tué madame Fonsec. Mais ne voyez pas là un acte délibérément violent.

Franchement, Maître, vous exagérez…

Madame le juge, ne vous méprenez pas sur mes propos. Oui, il a tué cette femme qui faisait partie de ses relations depuis bientôt dix-huit ans. Non, il n’a pas prémédité son geste. Ce n’est que par un pur hasard, une simple et banale coïncidence qu’il en est arrivé à la massacrer. Je reconnais que 37 coups de couteau, ça peut paraître relever de l’acharnement mais alors, considérez ça comme de l’acharnement thérapeutique. Son « amie », si je puis dire, son « amie » était en phase terminale et n’aurait pas fini le premier trimestre. De 2018, oui, bien sûr. Non, il ne l’a pas fait exprès, du moins, dans le sens de la préméditation. Non, il a juste rendu service à la victime pour abréger ses souffrances. Son calvaire. Je vous le demande en mon âme et conscience, mon client mérite l’acquittement.

Bien, Maître Soixante-Dix, la séance est suspendue, le temps des délibérations.