Bon, madame Tournier, je suis content qu’on puisse se voir en tête-à-tête car ce que j’ai à vous dire, ce n’est pas forcément facile à entendre pour votre mari… Non, ce n’est pas très facile à entendre… Mais où ai-je mis mon papier avec ce que je devais vous dire ? Bon, pendant que je cherche, je vous rappelle que ce que je vais vous dire, pour l’instant, vous le gardez pour vous. Encore faudrait-il que je puisse vous dire quelque chose que vous pourriez garder pour vous. Ah voilà ! Il était là, sous mon agenda. J’avais dû le cacher là pour pouvoir le retrouver plus aisément. Ah non, ça, c’était pour le patient précédent. Je n’ai pas pu lui faire son compte rendu d’examen car je n’ai pas retrouvé la feuille. C’est ballot, maintenant que je l’ai, je pense qu’il a déjà dû quitter l’enceinte de l’hôpital.

Oui, qu’est-ce que je vous disais, déjà, madame… Madame, euh, madame… Madame Tournier, merci, oui c’est ça. Pendant un instant, avec tous ces malades, j’ai eu du mal à me souvenir de quel dossier nous parlions. D’ailleurs, nous parlons bien de vous, madame ? Ah bon, c’est de votre mari dont il est question ? Bon, eh bien, je pense qu’il faudrait procéder à quelques examens complémentaires pour voir ce qu’il en est. Pardon ? Vous venez pour les résultats ? Quels résultats ? Ceux de votre mari ? Je le connais, votre mari ? Ah bon ? C’est dommage que vous soyez mariée car sinon, je vous aurais fait la cour car je vous trouve charmante malgré votre air inquiet. Et stressé. Bon, alors, votre mari, comment va-t-il ? C’est ce que vous aimeriez savoir ? Ma foi, que vous dire, hein, que vous dire ?

Ah voilà, madame Faurie ! Pardon ? Tournier ? Ah bon, donc, ce n’est encore pas le bon dossier. Franchement ? J’ai une dame, là-bas, qui travaille pour moi, elle me semble de plus en plus désorganisée, depuis quelques temps, je ne m’y retrouve pas, avec sa façon de classer. Oui, ma secrétaire, vous avez raison. Heureusement que vous suivez. Ça prouve que vous, vous avez le cerveau qui fonctionne bien, c’est déjà ça. Alors, madame, euh, madame… Tournier, oui, oui, je sais. Voilà. Monsieur Tournier… Laissez-moi relire tout ça… Ah oui… C’est un peu embêtant. Votre mari, c’est bien votre mari, c’est ça ? Votre mari, donc, il y a un risque qu’il ait un début de… un début de… Ah zut, je l’ai sur le bout de la langue, comme souvent. Non, je ne m’en souviens pas… Vous ne pouvez pas revenir une autre fois, j’ai besoin de prendre l’air, là !...