Je te quitte. Je te quitte parce que j’ai perdu le joli foulard que tu m’avais offert et ça, c’est vraiment la goutte d’eau qui fait déborder la Seine amont et la Seine aval. À cause de ça, le zouave a de l’eau jusqu’aux hanches et ça n’est pas normal. Tu n’as aucune pitié. Aucune compassion. Pour rien ni personne si ce ne sont tes parents et ta petite personne. Et encore, quand je dis « ta petite personne », je suis dans la litote parce que si je devais être franc, mais alors, je serai méchant, je serais obligé de parler de ta grosse personne mais je n’ai pas envie d’aller sur le terrain du physique. Ça ne serait pas équitable. Non pas que je me prenne pour un Apollon mais entre toi et moi, il y tellement de marge… Un fossé abyssal. Un fossé rond et large. Mal proportionné. D’accord, j’arrête.

Oui, je te quitte sous cet étrange prétexte que j’ai perdu un cadeau que tu m’as offert. Pour une fois que tu me donnes quelque chose qui me plaît… Peut-être le premier depuis des années et des années. Parce que, reconnaissons-le, nous n’avons pas du tout les mêmes goûts. Et encore une fois, je donne dans l’atténuation de ma pensée car je crois que tu n’as pas du tout de goût. Pas de bon goût, en tout cas. Le mauvais goût, oui, là, je crois que tu es plutôt capable d’être sur le podium. Tu m’en as offert de ces choses que je n’ai pas su garder. Redonnées illico presto, voire jetées. Je ne pouvais pas les garder. Ça devenait aussi encombrant que toi. C’est dire… En même temps, je ne t’en veux pas, ça m’évite d’avoir à me poser la question de les conserver maintenant que je te quitte.

Ce foulard, malgré un premier abord déroutant, je m’y étais tellement attaché. Peut-être trop. Je le trouvais tellement beau et agréable à porter. Étonnant. Original mais pas à n’importe quel prix. En tout cas, sans sacrifier celui de l’esthétique et du confort. Ce n’est pas possible que tu aies pu choisir ça, sans aucune aide. Pour moi, c’est un vendeur ou une vendeuse qui t’aura donné le conseil intelligent pour faire un cadeau digne de ce nom. En gros, en large et en lourdeur, tu n’y es certainement pas pour grand-chose, finalement. C’est pour ça que je l’aimais ce foulard. Parce qu’il ressemblait à quelque chose qui ne venait pas de toi. Je crois qu’on s’est vraiment trompés d’histoire. Ce n’est pas grave. Du moment qu’on arrête les frais là. Ici et maintenant. Et pas merci pour ce moment.