J’ai rendez-vous dans une cité HLM de Bargesse, il faut que j’aille discuter avec un monsieur qui vit seul et qui n’a peut-être plus ni les moyens ni les facultés de se gérer son appartement. Alors, on m’a missionné pour me rendre compte de la situation. J’avoue que je suis un peu impressionné car c’est ma première visite. Comme j’allais me rendre dans ce qu’on appelle un endroit un peu zone, j’ai choisi d’y aller en jeans, sweat-shirt à capuche et blouson doudoune car il ne fait pas chaud du tout, en ce moment. Et me voilà parti. J’espère que je vais être à la hauteur. Je ne me suis pas rasé de près mais je suis tout à fait présentable et les cheveux blancs doivent me donner un air gentil, je suppose.

J’arrive sur place, dans la rue et là, je vois des tas d’endroits pour stationner sa voiture mais aucune place de libre. Je suis un peu perplexe mais je trouve une place, je m’y glisse et je vais chercher le numéro 19. Là, c’est le 153. J’ai donc un peu de marche à faire. Ah non, c’est juste à côté le 19. Ah bon ? Quelle drôle de séquence de numérotation d’immeubles. Après tout, ce n’est pas mon problème ni le sujet du jour. Je cherche des éventuels interphones, il n’y en a pas. Comme j’ai le numéro d’appartement, 1549, je prends l’ascenseur qui me monte au quinzième ciel.

Et là, une fois en l’air, je cherche la bonne porte d’entrée. Je frappe. On m’ouvre. Un monsieur pas très clean, en tee-shirt et probablement en slip car il n’a pas de pantalons. Un capharnaüm assez indescriptible, une sensation de misère comme au temps d’Émile Zola dans les romans les plus noirs de la série des Rougon-Macquart. Monsieur Dubois, que je visite, me dit qu’il a un problème, sa poubelle s’est renversée et il y a plein de crottes de chat par terre. J’en dénombre au moins quatre, de ces félins qu’en temps normal, j’affectionne tant mais là, pas spécialement.

Quand il se penche pour ramasser les dernières crottes, je vois son cul. En réalité, il ne porte pas de slip, juste un vieux tee-shirt difforme et pas très net. Il me propose de descendre dans les pièces du bas. Je ne savais pas que dans certains HLM, il y avait des duplex. Bon, je descends derrière lui en étant obligé de voir un peu de ses fesses car comme je regarde où je mets les pieds dans cet escalier pas très propre… Une fois au quatorzième, il ouvre une première porte et me dit, ça, c’est ma chambre. Un lit pas fait, des draps immondes et une odeur pestilentielle, un mélange subtil de tabac froid et de saleté.

J’abrège la visite car je me rends compte que je ne suis pas capable de faire ça. Ce n’est pas mon truc, d’aller juger les gens chez eux. Du moins pas pour les services sociaux. Monsieur Dubois me dit : « Vous savez, j’étais un bon photographe, avant. J’ai même exposé dans plusieurs villes ! » Et là, je me réveille de ma sieste et je me dis que c’était un drôle de cauchemar. Cet homme, hormis qu’il se balade sans slip chez lui, c’est tout moi : il aime les chats, la hauteur, la photo, les appartements en duplex. Mais en même temps, moi, je ne fume pas et je n’aime pas un lit pas fait. Donc, rien à voir avec moi. C’est rassurant.