Tu n’as pas honte, Stéphane ?

Non. Honte de quoi ? Il faudrait que j’aie honte de quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait, encore ? J’ai été sage comme une image, depuis hier et même depuis avant-hier et même encore depuis avant avant-hier. Je crois que je n’ai jamais été aussi sage de toute ma vie. J’ai même été mieux que ça : j’ai été serviable, poli, gentil, arrangeant et je n’ai klaxonné personne, même ce matin, en roulant lentement derrière un conducteur du dimanche et moi, j’ai rongé mon frein mais je me suis retenu.

Pourtant, tu pourrais avoir honte !

Mais honte de quoi, bon sang ? Honte de n’avoir pas assez dormi ? De m’être réveille avant 6 heures alors que j’aurais pu dormir jusqu’à au moins 7 ? Il était moins une que je reste au lit mais comme je croyais qu’il était tard, j’ai préféré me lever. Honte d’avoir si mal à la gorge depuis hier soir ? Honte d’avoir sans doute pris un coup de froid sans m’en rendre compte ? Honte de ne pas parvenir à déglutir sans avoir l’impression qu’on m’arrache le gosier ? Qu’on m’arrache le gésier ?

Mais si, tu sais pourquoi tu devrais être honteux.

Bon, de toute façon, toute honte bue est vite digérée. Je n’ai eu point de vergogne, ce matin. Et encore moins ce midi. Et je n’en aurai pas plus que ça, cet après-midi. Maintenant, si on parle de boire, oui, je le reconnais. Pour mon déjeuner d’hier, avec les invités voisins, j’avoue avoir bu plusieurs coupes de champagne et deux ou trois verres de vin blanc. Sans doute que ça m’a asséché la gorge mais si je vous dis que j’ai pris un coup de froid, ça n’a rien à voir avec ça.

En fait, tu n’as pas honte de ne pas avoir honte.