J’étais dans mon bureau, deux de mes collègues étaient autour de moi. Comme chaque matin, nous devons travailler ensemble pour tenter de résoudre les écarts de stocks, surtout quand ils sont négatifs. Nous étions  bloqués sur 2 colis de 6kg de coquilles St Jacques et 1 colis de 3kg de filet de merlan. Impossible de savoir à qui ils avaient pu être donnés, vendus. On a balayé tous les clients de la nuit, un par un et nous séchions lamentablement. Alors, pour ne pas que ça devienne obsessionnel, nous parlions aussi de choses et d’autres. Comme un jour normal, quoi. Mais non, même en faisant comme si nous avions oublié ces 3 manquants, ça nous revenait en tête.

Et moi, j’avais envie de boire un café, de manger mes fruits car à un peu plus de 8h, j’ai plus de quatre heures de travail dans les gencives. Et je n’aime pas plus que ça le fait de manger devant mes collègues. Quand je me faisais des sandwiches maison, je détestais qu’ils entrent dans mon bureau alors que j’avais la bouche pleine. Parce que, en plus, c’est toujours au moment où vous parlez après avoir avalé qu’il vous reste un truc entre les dents, juste devant. Et bon, vous savez que ce n’est pas très agréable. Ça fait tout de suite négligé. Et même si je bosse dans un endroit qui n’a rien de chic, bien au contraire, on a sa propre dignité, quand même, non ?

Bref, nous piétinions sur nos écarts négatifs et ce n’était pas qu’une vue de l’esprit, en tout cas pour Hicham. Je le voyais trépigner et à un moment, il s’est excusé pour nous dire : « Pardon, les gars mais j’ai trop envie, je vais pisser un peu. » Et il a disparu aussi vite qu’il a formulé sa phrase. Nous nous sommes regardés, avec Titouan et nous avons souri. Chacun a pensé la même chose. Pourquoi Hicham n’était-il parti pisser qu’un peu ? Pourquoi pas totalement ? Alors, je me suis levé et je suis allé lui crier ça à travers la porte qui mène aux isoloirs des WC. Et là, j’ai repensé à ce qu’on répond quand on propose de l’alcool mais qu’on ne veut pas avoir l’air de trop boire : juste un doigt, alors, hein ?